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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 13:38

CR de la sortie au Dramont ( St Raphaël ) du 19 au 21 septembre 2015

Le port du Poussaî, avec l'ile d'Or à l'horizon. photo Thibaut Royon

Le port du Poussaî, avec l'ile d'Or à l'horizon. photo Thibaut Royon

Participants: Gilles Froment, Hervé Lichtfouse, Philippe Moya, Edgar Royon, Thibaut Royon, Maryline Gueydon, Stéphane Simonet, Geneviève Sansoni-Simonet, Thierry Mourice, Arielle Cuzin

Accompagnants: Isabelle Froment, Françoise Lichtfouse, Julie Eyraud , Danette et Lyre.

les plongeurs au complet, grand sourire au lèvres. Photos Gilles, Stéphane et Hervé

les plongeurs au complet, grand sourire au lèvres. Photos Gilles, Stéphane et Hervé

Un petit port caché au bout d'une route, une tour carrée qui inspira Hergé, posée sur une île à portée de palmes, la promesse de sites nouveaux et un environnement où hébergement, restaurant et club de plongée se rallient à pied, sans besoin de reprendre les voitures, incitèrent l'ASSP Plongée à poser sacs et valises au Dramont, à la sortie de St Raphaël.... Bien nous en a pris, car sous un soleil quasi estival, le bleu fut partout, dans le ciel, dans la mer et dans nos têtes....

Même par petites profondeurs, on peut débusquer du corail rouge.   photo Stéphane Simonet

Même par petites profondeurs, on peut débusquer du corail rouge. photo Stéphane Simonet

Bien sur, tout ne fut pas parfait. Dés l'arrivée, récupérer les clés de nos "habitats" ( mobyl home semblant être un mot tabou.....) ressembla à un jeu de piste.... Ce n'était pourtant rien en comparaison de l'état des lieux et du retour de caution du lundi matin... Mais, grâce au tact et au savoir faire de notre ancien médecin militaire préféré, tout rentra dans l'ordre.

Bon, mais l'essentiel n'est pas là. Le but de cette énième expédition sous le soleil varois, c'est d'aller voir un peu ce qui se passe sous le miroir de la surface. C'est donc au Centre International de Plongée du Dramont, niché sur les hauteurs du port des Poussaï que nous nous retrouverons vers 14h 30. C'est petit, mais l'essentiel est là: des blocs, un compresseur, des casiers, une douche et des toilettes, un bac pour rincer le matériel. Les feuilles de palanqués remplies, et quelques aller retour plus tard, que nous apprendrons vite à économiser, nous sortons du port à bord d'un semi rigide pour.... 2 minutes de navigation ! Au Dramont, les sites de plongées sont légion autour de l'ile d'Or, pas besoin de s'imposer de longues traversées en bateau. Les spécialistes du dérèglement de l'oreille interne apprécient....

Thierry et Arielle, en plongée.  photo Hervé Lichtfouse

Thierry et Arielle, en plongée. photo Hervé Lichtfouse

Parmi la multitude, les anthias mauves étaient au RDV.    Photo Stéphane simonet

Parmi la multitude, les anthias mauves étaient au RDV. Photo Stéphane simonet

une girelle passe devant une axinelle, sous le regard et l'objectif de Gilles Froment

une girelle passe devant une axinelle, sous le regard et l'objectif de Gilles Froment

C'est sur le site dit des "pyramides" que nous basculons donc de concert, pour la première plongée du séjour. Il s'agit d'une succession de pic rocheux dont le moins profond culmine à 1 m 50 sous la surface. Il parait qu'il change souvent de couleur, en fonction de la couleur de la quille des bateaux croisant en surface.... L'orientation est finalement assez simple, il suffit de passer d'un pic à l'autre, la visibilité étant suffisemment bonne pour ralier une roche à l'autre sans risque d'erreur. Des 7 pyramides nous n'en feront que 2 ou 3, l'autonomie des 15 litres n'en autorisant pas plus. Mais ce fut une belle plongée, avec beaucoup de poissons et de vie fixée.

Gilles, photographié par Philippe Moya, à côté d'une magnifique gorgone.

Gilles, photographié par Philippe Moya, à côté d'une magnifique gorgone.

origine: site du CIP Dramont

origine: site du CIP Dramont

Cette étoile de mer, c'est celle que nos enfants ramassent dans peu d'eau. Celle-ci, par une aberration génétique quelconque, se voit affublée d'un bras bifide.    photo Gilles Froment

Cette étoile de mer, c'est celle que nos enfants ramassent dans peu d'eau. Celle-ci, par une aberration génétique quelconque, se voit affublée d'un bras bifide. photo Gilles Froment

Des plongées rouges et or !
Maryline, en explo, par Hervé Lichtfouse

Maryline, en explo, par Hervé Lichtfouse

Après un excellent repas chez "Baboo", direction le camping pour un repos bien mérité après un réveil aux aurores, 440 km de route et la plongée. Le sommeil s'empara de nous sans tarder.....

Dans nos rêves, du bleu, encore du bleu.....photo Gilles Froment

Dans nos rêves, du bleu, encore du bleu.....photo Gilles Froment

Le lendemain, nous profitons d'une grasse matinée, puisque nous prendrons la seconde rotation à 10 h. Cela nous laisse dormir un peu, profiter du petit déjeuner avant d'aller découvrir la Pierre à Sica, immense roche ovale en forme de patate, posée sur un fond de 35 à 45 mètres. Elle culmine à 19 m et est couverte de gorgones. Nous embarquons avec 3 plongeurs recycleurs, et ça prend de la place, ces machines là, avec les blocs de secours obligatoires. Mais ils resterons presque 1 heure au fond, dans le silence et l'air tiède de la boucle. Vive la PP02 constante !

Ici toutes les éponges s'associent, pour former une belle pallette de couleurs.   photo Gilles Froment

Ici toutes les éponges s'associent, pour former une belle pallette de couleurs. photo Gilles Froment

origine : site du CIP Dramont

origine : site du CIP Dramont

Une blennie, poisson toujours souriant !   photo Gilles Froment

Une blennie, poisson toujours souriant ! photo Gilles Froment

Mais 2 d'entres nous ne profiterons pas pleinement de cette plongée, qui fut pour Gilles et Philippe un peu rock'n'roll.... Jugez plutôt: Je leur laisse le clavier, et chacun va ainsi donner sa vision des choses. Retour d'expérience très utile et formateur, que je vous invite à lire attentivement.

Gilles, à toi:

"Six jours sont passés et l'histoire paraît déjà lointaine, presque oubliée tellement d'autres sujets l'ont remplacée au quotidien. Mais il n'est pas inutile de se poser un peu et de fixer cet intéressant retour d'expérience (RETEX dans notre jargon pompier, souvent employé). Voilà donc ma version. Dimanche 20 septembre 2015, matin, seconde plongée d'un séjour qui s'annonce excellent: belle météo, mer chaude et plate, bon groupe, fatigue de la semaine qui s'estompe, notamment grâce à cette bonne idée de décaler l'heure de RV de la plongée du matin à 10h pour récupérer un peu. Bref, conditions idéales, stress à minima. Douceur de vivre renforcée par la présence d'un binôme super cool sous l'eau car autant, si ce n'est plus, aguerri que moi sous l'eau. Sûrement plus, d'ailleurs, pour les situations compliquées, à cause de sa bien plus grande pratique que la mienne de la spéléo, école de plongée très formatrice. Et encore plus, comme lui, lorsqu'on a été formateur dans cette discipline. Bref, le compagnon idéal pour faire de la photo sous l'eau. On plonge à deux, mais dans une logique d'autonomie, en se surveillant du coin de l’œil, sans jamais se perdre en visuel. Les briefings sont des plus courts car on se connaît et chacun sait ce qu'il a à faire.

Gilles, quelques minutes avant de se transformer en jacuzzi. le filet de bulles qui s'échappe dans son dos provient du détendeur qui ne sera pas concerné par l'incident.    Photo Philippe Moya

Gilles, quelques minutes avant de se transformer en jacuzzi. le filet de bulles qui s'échappe dans son dos provient du détendeur qui ne sera pas concerné par l'incident. Photo Philippe Moya

On s'immerge à 10h39. On descend ensemble sur cette belle dorsale oblongue qui s'étend à nos pieds. Rapidement sur la tête de la roche, on continue doucement sur la face nord à la recherche de bons spots photos. Je ne vois rien de transcendant et continue en direction du sable, pendant que je vois Philippe s'attarder dans la zone des 25m. J'espère qu'il va me suivre, mais comme on n'as pas calé avec précision le plan de plongée, je ne suis pas surpris de le voir en arrière. Vers 35 m, je piste un mérou pour tenter de le cadrer avant qu'il ne se cache dans un trou. Ce sera la seule photo de la matinée. Elle est datée à 10h41mn28s.

L'unique photo de Gilles durant cette plongée, un mérou quelque peu fuyant...

L'unique photo de Gilles durant cette plongée, un mérou quelque peu fuyant...

Philippe mitraille 10m au-dessus de moi, dans la zone des 25m, mais à une quinzaine de mètres de distance et semble vouloir y rester. je suis passé à 37 m de profondeur maxi, la dernière vue à mon mano donnait de mémoire environ 150b et je décide de remonter vers lui pour limiter la déco, économiser le gaz pour faire de la durée (c'est une des clés pour pouvoir ramener des photos: passer du temps sous l'eau). A peine ai-je commencé à remonter, sans doute vers -35m, j'entends derrière mon oreille droite un claquement assez caractéristique et qui ressemble à un joint de flexible qui lâche, avec un débit de bulles que je ne juge pas excessif.

Sous l'eau, tout peut arriver ! mais qu'a donc vu Thibaut ?      photo Gilles Froment

Sous l'eau, tout peut arriver ! mais qu'a donc vu Thibaut ? photo Gilles Froment

J'accélère le palmage pour demander à Philippe de me fermer le robinet concerné lorsque, peut-être 1 ou 2 secondes après, le bruit de fuite devient massif et très flippant. Mon bloc est en train de se vider à une allure que je ne mesure pas encore, mais je sais qu'il ne faut pas traîner. Je comprends à la première inspiration après ce boucan que c'est le détendeur sur lequel je respire qui est concerné. Plus d'air, en début de phase inspiratoire, normal. Passage rapide sur le second détendeur (quelle bonne idée de le gréer pour qu'il soit immédiatement disponible et visible, et aussi de respirer alternativement dessus, comme en spéléo, pour avoir gravé dans mon cerveau qu'il marche bien et n'est pas plein de sable à traîner dans mon dos...).

le détendeur incriminé: on voit clairement le flexible MP comm sectionné au ras du sertissage, sur le 1er étage. Photo Gilles Froment

le détendeur incriminé: on voit clairement le flexible MP comm sectionné au ras du sertissage, sur le 1er étage. Photo Gilles Froment

Je pense que c'est à ce moment que j'ai lâché mon appareil photo dont j'avais enlevé la dragonne en bas pour le mérou, car elle me gênait. J'arrive dare-dare sur Philippe en lui montrant du pouce le bazar et je le vois réagir immédiatement en filant dans mon dos. Je sens les rotations fermes et rapides du robinet dans sa paluche, comme lors des givrages en lac et enfin le petit coup sur la tête du bloc qui indique qu'il est bien fermé. Très concentré jusque-là, mais sans stress excessif. Je me pose la question de ce qui reste dans mon bloc et petit coup de blues en voyant mon mano à zéro, que je montre à Philippe. Je crois en même temps reconnaître un détendeur sur une fin de bloc, presque vide. Cela vient encore, mais cela se fait tirer un peu l'oreille.

autre vue, encore plus proche de la rupture du flexible.   photo Gilles Froment

autre vue, encore plus proche de la rupture du flexible. photo Gilles Froment

Signe conventionnel que je n'ai plus d'air.

Je commence à être en quête, si ce n'est en dette d'oxygène car j'ai palmé sans doute assez sec pour rattraper Philippe, le changement de détendeur dans la foulée avec une petite apnée, la purge rapide et sans doute un peu trop forte de ma bouée pour ne pas me faire embarquer, ce qui m'oblige désormais à m'équilibrer à la palme avec mon inflateur qui ne répond plus, et pour cause (tiens, l'absence de système d'équilibrage est bien plus pénalisant que je ne pensais sur une situation d'urgence). Tout cela rend mes yeux assez avides du second détendeur de Philippe que j'ai à 30 cm de mon nez, sagement attaché avec un délicieux mais minuscule mousqueton brillant. Comme je vois Philippe à un niveau de zénitude bien plus élevé que le mien, je tente de me servir moi-même, mais les mini-mousquetons ne vont pas avec mes gants. Il me le défait tranquillement et me le passe. Enfin de l'air!

Philippe au palier, ses 2 détendeurs, des Cycklons 5000, autour du cou.   Photo Gilles Froment

Philippe au palier, ses 2 détendeurs, des Cycklons 5000, autour du cou. Photo Gilles Froment

Misère: Un détendeur de spéléo à l'ancienne. un cyclon dur comme du chien. C'est du ressenti, bien sûr, car lui le trouve très bien. Peut-être les premiers signes d'un début d'essoufflement? Comme on commençait à redescendre, car tout s'est passé en pleine eau, à 2-3 m du tombant, que Philippe ne songeait qu'à me rassurer alors qu'on descendait toujours et que je ne pouvais pas m'équilibrer à la bouche (apnée jugée pas jouable), j'essayais de lui expliquer de gonfler sa stab pour nous équilibrer à deux dessus, alors que c'est moi qui le faisait à la palme. On est ainsi redescendu vers 24-25 m, en décompressant par BTV (béance tubaire volontaire + souffler un peu dans le masque) vu que mes 2 mains étaient bien occupées à me tenir à Philippe et tenter des manœuvres de rééquilibrage que je commençais à trouver tardives.

On a finit pas se mettre d'accord pour palmer quelques mètre pour se poser sur le tombant (pas trop vertical) où j'ai pu enfin cesser de palmer, récupérer rapidement un cycle respiratoire normal et regonfler la bouée à la bouche (ben faut pousser drôlement fort, je ne me rappelais plus. Sur un vrai essoufflement, faut pas y compter). Bien recalés, avec du gaz car en début de plongée, la remontée et la déco ne furent plus qu'une formalité. Mais que ces tuyaux normaux de détendeurs sont bien courts... Dans le mouvement d'ensemble, je perdis mon appareil photo et Philippe me proposa d'aller le rechercher avant de remonter. Sans inflateur, avec un détendeur que je trouvais dur, peu manœuvrant car collé à Philippe avec ce court tuyau, je ne sentis pas la recherche à 2 dans cette configuration de mon appareil photo qui devait se trouver au fond vers le sable. Trop risqué sur une plongée où il y aurait eu sans doute des paliers, avec un seul bloc pour 2. On replongerait l'après-midi si la chance n'était pas au rendez-vous.

Et elle le fût, car Thibaut aperçut l'objet au retour de sa plongée avec Edgar, par réfléchissement d'une partie brillante en éclairant avec son nouveau phare très puissant. Merci Thibaut, je te dois une fière chandelle. En remontant sur le bateau, je vis mon détendeur accroché à l'autre par le 2ème étage et qui pendait, tuyau totalement sectionné. Du jamais vu pour moi. Stéphane va se renseigner sur les forums pour savoir si c'est courant. Il n'a pas dû se passer beaucoup plus d'une minute pour vivre tout ce qui précède (c'est bien plus long à écrire) et mon 15L presque plein y est passé. Je viens de faire un test sur une 12L à 105 bars avec mon détendeur sinistré: 45 " pour le vider (mano affiche 0 à 5 b). Pourquoi le flexible a-t-il lâché à 35 m et pas sur la bateau? Quelle chance que ce soit en début de plongée pas trop profonde et non en fin, à -50 m avec 15 mn de déco, avec quelqu'un de moins expérimenté que Philippe! Le compte rendu, et si on peut en faire un c'est que tout n'est pas allé si mal, aurait été sans doute moins zen.

en surface, on en rigole ! tous les protagonistes sont là: Edgar, Thibaut ( le sauveur de l'appareil ), Philippe et Gilles, sont 2nd étage orphelin en bouche.    Photo Stéphane Simonet

en surface, on en rigole ! tous les protagonistes sont là: Edgar, Thibaut ( le sauveur de l'appareil ), Philippe et Gilles, sont 2nd étage orphelin en bouche. Photo Stéphane Simonet

Bien que l'épisode ne m'ait laissé aucune séquelle anxiogène, preuve que la situation s'est bien gérée entre Philippe et moi, j'en retiens quelques principes bien frappés que j'avais intégrés depuis longtemps, mais qui viennent brutalement de se démontrer:

- Sous l'eau tout va TRES vite. Rien à voir avec les exercices où l'on se prépare, bien qu'ils soient indispensables quand même; pour se préparer....

-L'expérience, l'âge, le nombre de plongées, engagées ou non ne mettent personne à l'abri d'un incident ou d'un accident, matériel ou physiologique. Pas de surhomme sur cette basse terre.

- En mono-bouteille, le salut vient de l'autre en cas de pépin majeur. Mieux vaut l'avoir pas loin de soi. Mais mieux vaut encore ne pas être obligé de confier totalement sa vie à l'autre. Deux blocs valent mieux qu'un. Parole de plongeur lac. Et mer! Le principe de la redondance, chère à la spéléo, peut se décliner dans beaucoup de domaines de la vie et pas qu'en plongée. Surtout ceux qui s'avèrent vitaux !

- Un détendeur à tuyau long n'est pas du confort ,mais peut se révéler un élément de sécurité en cas de situation critique. Je le prenais souvent auparavant et l'avais omis cette fois car il faut toujours gérer ce tuyau encombrant pour soi. Je vais le remettre sur mon second détendeur.

Stéphane, avec un détendeur équipé d'un tuyau long et d'une rotule articulée, lové autour du cou. c'est rapidement donné à un équipier en manque d'air, et c'est plus confortable pour remonter.  Photo Gilles Froment

Stéphane, avec un détendeur équipé d'un tuyau long et d'une rotule articulée, lové autour du cou. c'est rapidement donné à un équipier en manque d'air, et c'est plus confortable pour remonter. Photo Gilles Froment

- J'emmène toujours un 3ème détendeur en sortie plongée pour le phagocyter rapidement en cas de panne (mano, flexible,etc.). Je ne l'ai pas fait cette fois, mais cela m'aurait peut-être permis de ne pas hésiter à changer mon tuyau MP de 2ème étage lorsque, avant cette plongée, j'avais repéré ce bizarre et très discret gonflement du flexible à sa racine, en sortie de 1er étage, juste là où on masque les choses avec un protection pour ne pas couder intempestivement les flexibles. Protéger les départs de flexible et risquer de masquer une faiblesse ou bien ne pas protéger et repérer plus vite une amorce de rupture? Dans ce cas, pas de fuite, pas de signe précurseur net. Le débat reste ouvert. Peut-être protéger, regarder quand même et changer au moindre doute. Un peu théorique et optimiste, mais sûrement une bonne solution.

Infos OSTC + Canon G15: Immersion à 10h39, photo mérou à 10h41'28"" , P max à 37 m, remontée à 5-6 mn fond, redescente 24-25m, remontée 22m, stabilisation, remontée -10m, paliers 6 m, sortie 17mn, eau 21,4, dsat 6h53"

Très beau clair-obscure de cette grande nacre, par Philippe Moya

Très beau clair-obscure de cette grande nacre, par Philippe Moya

Voici maintenant comment Philippe a vécu cette plongée:

Philippe, en chasse pour de belles images.... photo  Gilles Froment

Philippe, en chasse pour de belles images.... photo Gilles Froment

"Deux jours sont passés, l'émotion a laissé la place à la réflexion,défriefing à froid dit-on. Que s'est-il passé vu de mon côté.

Lors d'une plongée avec Gilles Froment, le tuyau de son détendeur s'est rompu vidant en quelques secondes sa bouteille alors que je me trouvais à une dizaine/quinzaine de mètres de lui.

En préalable, je dois préciser dans quel état d'esprit je me trouvais. Je plonge depuis des années avec Gilles, BEES2, spéléo, plongeur recycleur, apnéiste. Dans mon esprit, cet homme est d'airin, et rien ne peut lui arriver de sérieux qu'il ne soit capable de gérer seul.

Reprenons la chronologie des évênements : nous sommes immergés depuis 5/6 minutes maximum, nous photographions, chacun de notre côté, comme à notre habitude, nous ne nous occupons que de loin en loin de notre binôme. Profondeur 20 pour moi et 25 pour Gilles.

Je vois Gilles approcher de moi, un peu agité, et derrière sa tête un jet long d'une trentaine de centimètres d'air, fin et très fort accompagné d'un bruit de soufflerie important, il me montre son détendeur, mais le spectacle que j'ai derrière sa tête est suffisant, je le contourne, prends le jet d'air dans le masque qui tremble, je suis aveuglé une seconde, je ne vois vraiment plus rien, je me mets derrière lui et là je ferme le robinet correspondant. Je repasse devant lui. Il a son second détendeur en bouche, et me montre son mano : zéro !!!

Voilà sans doute ce que voyait Philippe en fermant le robinet de Gilles. Des bulles, des bulles....     photo Stéphane Simonet

Voilà sans doute ce que voyait Philippe en fermant le robinet de Gilles. Des bulles, des bulles.... photo Stéphane Simonet

Il prend mon détendeur de secours, mais avec ses gants, il peine à ouvrir le petit mousqueton qui le retient à mon collier élastique. Je le reprends, je n'ai pas de gants, je l'ouvre et le lui tend, il le met en bouche... mais je vois à ses yeux et à son agitation que celà n'est pas optimal...

Que faire, il est visiblement agité, et sa respiration plus rapide que la normale. Je vérifie mon mano = 150 bars... je le lui montre pour le rassurer, pour moi la situation est gérable, il n'y a plus de problème majeur. Voyant son agitation, je lui dis de se calmer, dans ma tête, tout est O.K. j'ai devant moi un homme inoxydable, nous avons un détendeur chacun, de l'air en suffisance, et le sol est là sous nos pieds à 25/30 mètres, ces paramètres me semblent parfaitement gérables et optimals pour deux garçons de nos expériences... je ne tente rien, je veux juste qu'il se calme... je le lui redemande.... mais quelque chose semble le gêner...

Voyant qu'il semble vouloir quelque chose sur ma stab, j'écarte les bras en pensant : vas-y, fait ce que tu sembles vouloir... pour moi tout est O.K. je te passe les commandes... il gonfle ma stab, il veut remonter... O.K. pour moi, remontons. Je note qu'il n'a plus son appareil photo... je lui fais signe que nous pouvons aisément redescendre de quelques mètres pour le rechercher à deux côte à côte... non, il me fait signe que non... là je réalise que si la perte d'un appareil d'un tel prix ne compte pas pour lui c'est qu'il y a vraiment urgence... donc je remonte avec lui sans plus m'occuper de rien que de le surveiller... qu'il ne me fasse pas un lâcher d'embout... mon flexible est normal, donc court et il suffirait que je me tourne pour lui arracher sans le vouloir l'embout de la bouche, donc je surveille... Je lui remontre mon mano, toujours dans le but de le calmer, il me fait O.K. il a bien vu... et apparemment il est plus calme maintenant, il gonfle sa stab à la bouche, AHHH ! revoilà le Gilles que je connais.

Toujours le sourire malgré un détendeur balladeur et farceur !      photo Stéphane Simonet

Toujours le sourire malgré un détendeur balladeur et farceur ! photo Stéphane Simonet

Nous effectuons des paliers, et remontons tranquillement en surface... Tout celà est MA version, pour autant que ma mémoire ne me trahisse pas. Gilles n'a sans doute pas exactement les mêmes souvenirs. Par contre ce que je retiens de cette expérience. J'ai certainement manqué de lucidité, pour moi Gilles est un plongeur d'une très grande expérience, et j'étais certain qu'il n'éprouvait pas de crainte, et qu'une apnée de 1 minute c'était de la rigolade pour cet apnéiste. Cela a endormi mes réactions.

Un mono bouteille, avec deux détendeurs, c'est bien gentil, mais lorsque la bouteille se vide en quelques secondes avoir deux/trois ou quatre détendeurs ne change vraiment rien... Avec un plongeur inconnu, ou de moindre renommée, je me serais sans doute plus bousculé, mais là, j'ai oublié que même un grand plongeur pouvait avoir de gros soucis.

Et comme me l'a dit il y a déjâ de nombreuses années un grand monsieur : si tu es là à raconter tes malheurs, c'est bon. Et pour finir, si l'on réfléchit bien, qu'ai-je fais ? fermé un robinet, donné mon détendeur de secours à mon binôme ? rien de bien exceptionnel. Bien content quand même le Philippe...."

Tout le monde va bien, tout est OK ! HEU-REUX, on vous dit ! mais savez-vous d'ou vient ce signe ? pendant la guerre de sécession, les sudistes annonçaient toujours le nombre de morts de la même manière. Et zéro mort se dit 0-killed en langue anglo saxonne. Cela donna, sans doute, le terme OK ou tout va bien.....  photo Stéphane Simonet

Tout le monde va bien, tout est OK ! HEU-REUX, on vous dit ! mais savez-vous d'ou vient ce signe ? pendant la guerre de sécession, les sudistes annonçaient toujours le nombre de morts de la même manière. Et zéro mort se dit 0-killed en langue anglo saxonne. Cela donna, sans doute, le terme OK ou tout va bien..... photo Stéphane Simonet

Pas grand chose à rajouter, ils ont tout dit !! au delà des questions liées au matériel, retenons que la routine et l'habitude sont de vraies fausses amies, le plus grand danger réside là. Restons vigilant, partout et toujours. Il s'en est fallu de peu pour que Murphy s'en mêle, avec sa fameuse LEM ( Loi de l'Emm... Maximum) pour que tout aille encore plus mal.... Au fait, connaissez vous l'origine de la Loi de Murphy ?

Edward Murphy  ( origine internet)

Edward Murphy ( origine internet)

Petit retour en arrière, entre 1947 et 1949, sur la base de l'US Air Force de Muroc, qui deviendra la base d'Edwards un peu plus tard. Durant cette période, on teste les effets de la décélération sur le corps humain, c'est le projet MX 981. Pour cela, on utilise un chariot sur rail propulsé par une fusée, équipé de puissants freins hydrauliques. On commence avec un mannequin, avant de réaliser les essais sur le capitaine John Paul Stapps. Et là se pose la question de la réalisation des mesures. Un scientifique, du nom d' Edward Murphy, propose de placer des capteurs électroniques sur les ancrages du harnais du pilote. Bien sur, pour l'essai, Stapps fut remplacé par un chimpanzé. On projette le primate dans le chariot, avec sa fusée dans le dos, on freine brutalement l'ensemble et on constate que la force mesurée est....nulle.

Le capitaine Stapps sur son chariot, une fois les capteurs montés à l'endroit.....  (source internet)

Le capitaine Stapps sur son chariot, une fois les capteurs montés à l'endroit..... (source internet)

Les capteurs avaient été montés à l'envers... Murphy quelque peu en colère, s'écria alors: “If that guy has any way of making a mistake, he will “. On peut traduire par “si quelqu'un a la possibilité de faire une erreur, il la fera” qui deviendra plus tard “si cela doit mal se passer, ça arrivera”.

Et oui, Philippe aurait pu tomber en panne de détendeur lui aussi, avoir sa stab percée, Gilles aurait pu boire la tasse, et les 2 compères être victimes durant la remontée de l'attaque d'un calamar géant ou d'un énorme requin blanc famélique donc affamé….. Murphy devait être occupé ailleurs ce jours là……. Mais bon, éclater un flexible MP, en plongée, c'est déjà pas mal….. Et pendant ce temps là, le reste du groupe se régalait de cette belle plongée, au milieu des gorgones et des mérous.....

Des plongées rouges et or !
Des plongées rouges et or !

L'après midi, la plongée se déroula sur le site de la Vitrine, qui porta bien son nom: mérous, dentis, dorades furent au RDV. Au loin, j'apperçois dans le bleu, à la limite de la visibilité, un éclat vif argent... je pense savoir ce que c'est. Quelques coups de palmes plus tard, les éclairs s'accumulent, avec Geneviève nous nous retrouvons au milieu d'un banc de bécunes, parents des barracudas chantés par Claude François. Ils tournoient autour de nous sans s'inquiéter outre mesure, le phare est allumé, la Gopro tourne, je laisse faire et contemple....Un autre chanteur, d'Astafort, celui là, dit dans une chanson que "ce qui ressemble au hasard, souvent, est un rendez-vous". Pourquoi pas ?

Des apogons devant un "trou bleu".   photo Philippe Moya

Des apogons devant un "trou bleu". photo Philippe Moya

une variante de l'image précédente, par Gilles Froment

une variante de l'image précédente, par Gilles Froment

Origine : site CIP Dramont

Origine : site CIP Dramont

un bécune à bouche jaune en éclaireur. des dizaines de ses congénères nous attendent 10 mètres plus loin.   photo Stéphane Simonet

un bécune à bouche jaune en éclaireur. des dizaines de ses congénères nous attendent 10 mètres plus loin. photo Stéphane Simonet

Des plongées rouges et or !
voici une axinella polypoïde, qu'on peut trouver entre 10 et 100 m de fond. ce sont les courants et l'agitation de l'eau qui lui donnent sa forme.  photo Gilles Froment

voici une axinella polypoïde, qu'on peut trouver entre 10 et 100 m de fond. ce sont les courants et l'agitation de l'eau qui lui donnent sa forme. photo Gilles Froment

Nous mettons fin à la rencontre à regret, poussés par l'aiguille des manos qui penche vers la gauche, et les paliers qui s'empilent sur l'écran de mon Shearwater.

Émersion dans la jolie lumière d'une fin d'après midi, l'ile d'Or et le sémaphore blanc du Dramont, planté sur la côte écarlate, en point de mire.

L'ile d'or, dans la beauté de l'aube.     photo Gilles Froment

L'ile d'or, dans la beauté de l'aube. photo Gilles Froment

La dernière plongée fut réalisée sur le sec des Suisses, qui culmine à 3 m sous la surface. Comme souvent ici, le sec n'est que le point de départ à une succession de roches, pics, défilés et autres failles. On y erre tranquillement jusqu'à – 38 m avant de remonter en prenant son temps le long des tombants, croisant là un mérou, là un denti en maraude. Ce jour là, tous les plongeurs de l'ASSP se retrouvèrent au palier, qui dura, dura non pas à cause des gaz dissous en profondeur, mais plutôt du fait des nuages de poissons qui tournaient sur le haut du sec: castagnoles, anthias, sars, anchois y virevoltaient de concert....

Il fallu vraiment se faire violence pour sortir de l'eau.

Sur le tombant, une image prise par Gilles Froment

Sur le tombant, une image prise par Gilles Froment

Durant ce palier, les poissons furent partout à la fois. Photo  Hervé Lichtfouse

Durant ce palier, les poissons furent partout à la fois. Photo Hervé Lichtfouse

origine : site CIP Dramont

origine : site CIP Dramont

un banc de sars photographiés par Hervé, non moin de la surface

un banc de sars photographiés par Hervé, non moin de la surface

Des plongées rouges et or !
Splendide Doris jaune géante, photographiée par Philippe Moya

Splendide Doris jaune géante, photographiée par Philippe Moya

Gorgones et éponges bleues s'unissent sous l'objectif d'Hervé Lichtfouse

Gorgones et éponges bleues s'unissent sous l'objectif d'Hervé Lichtfouse

Très bon séjour donc, malgré une plongée mouvementée pour Gilles et Philippe. Merci à eux pour ce retour d'expérience sans fard ni maquillage, qui permet de recadrer les choses. Et ce qui est certain, c'est que nous reviendrons sous la tour de l'ile d'Or, d'autres rendez-vous nous attendent.....

Stéphane

Photo d'Hervé Lichtfouse

Photo d'Hervé Lichtfouse

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