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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 15:27
Progression en silence dans les galeries du Goul du Pont: voyage en apesanteur où le temps s'étire, se dilate et s'échappe des chronos...

Progression en silence dans les galeries du Goul du Pont: voyage en apesanteur où le temps s'étire, se dilate et s'échappe des chronos...

CR de la sortie à BSA, Goul du Pont le lundi 18 janvier 2016

Participants : Gilles Froment & Stéphane Simonet

Toutes les photos sont de Gilles Froment.

la vasque d'entrée sous un ciel plombé. le miroir nous offre le jeu des transparences.

la vasque d'entrée sous un ciel plombé. le miroir nous offre le jeu des transparences.

A Bourg St Andéol, charmante bourgade d’un peu de 7000 âmes, elles s’y côtoient, s’observent, se frôlent peut être sans jamais s’unir avant l’air libre du Vallon de Tourne. Elles, se sont les 2 rivières souterraines qui jaillissent des profondeurs de la planète, cours d’eau sans soleil qui serpentent sous nos pieds….. Connus jusqu’à – 240 m pour la Tannerie et – 192 m pour le Grand Goul ( ou Goul du pont), c’est dans ce dernier que se déroula notre plongée ….

le porche minéral se laisse entrevoir. 12 m plus bas, entre roche et galets, l'entrée sera intime, il faudra négocier avec Mithra....

le porche minéral se laisse entrevoir. 12 m plus bas, entre roche et galets, l'entrée sera intime, il faudra négocier avec Mithra....

La roche ne bougera pas.

Bi dorsal verrouillé sur un becquet calcaire quelconque, masque dans les galets et recycleur à bout de bras, je sais qu’elle sera plus forte que moi. Inutile de se débattre pour se coincer davantage, on ne force pas impunément une source protégée par le dieu pétrogène Mithra, qui se créa lui-même à partir de la roche, justement…. Expirer dans la boucle, chercher du bout de la palme un passage, espérer une ouverture, ramper à l’envers dans ce verrou minéral et liquide… Et sentir une main sure et gantée qui saisit une cheville, place le bi dans le bon axe et tire doucement. Je suis passé !

Dernière vérification du recycleur avant de partir. Sous la terre, nul doute, nulle incertitude, nulle improvisation se sont autorisés.

Dernière vérification du recycleur avant de partir. Sous la terre, nul doute, nulle incertitude, nulle improvisation se sont autorisés.

L'érosion est le fruit du mariage de la roche et de l'eau. elle nous permet aujourd'hui de parcourir les corridors souterrains.

L'érosion est le fruit du mariage de la roche et de l'eau. elle nous permet aujourd'hui de parcourir les corridors souterrains.

Mithra ?

Non simplement Gilles, bienveillant, qui met fin à ma captivité en me guidant sous ce porche décidemment bien bas. Il faut remettre le recycleur à sa place de kangourou, re clamper les mousquetons, vérifier ce qu’on respire, ajuster 2 ou 3 bricoles, déblayer un peu le passage en prévision du retour, un coup d’œil, un signe OK et nous partons dans le corridor qui en un peu moins de 70 m nous fera passer de la profondeur de – 12 à – 18 m.

une vidéo de notre plongée....sans le son, droits d'auteur obligent !!

Début de la descente dans le puits. La roche immaculée renvoie la lumière des phares.

Début de la descente dans le puits. La roche immaculée renvoie la lumière des phares.

Dans le silence du recycleur ou le pétillement des bulles, l’artère tellurique nous amène au puits qui plonge vers l’origine de cette eau qui viola la roche pour y trouver son passage. Ultime vérification des scaphandres, des paramètres, des caméras et l’appareil photo, et nous glissons doucement en apesanteur le long des parois ocres veinées d’ébène. -30, - 40, - 50 les chiffres enflent sur les instruments, sans que rien ne vienne troubler mon attention. Je sonde au ralenti, pour Gilles derrière moi puisse prendre les images de notre immersion. J’éteints mes éclairages qui consument la galerie, et me stabilise vers – 55 m. J’attends. Dans le halo des leds de mon compagnon de plongée, je devine une silhouette, des gestes, et un flash qui parfois jaillit.

- 50 m: Stéphane prend la pause pour la photo, les poumons remplis d'hélium.

- 50 m: Stéphane prend la pause pour la photo, les poumons remplis d'hélium.

Puis je décide de descendre quelques mètres de plus, pour passer un autre porche, plus large et plus simple celui là. Une faille verticale m’offre un laisser passer vers la profondeur de 60 m, où la galerie dévale encore vers l’abime. Je regarde, et j’admire la roche ciselée, les couleurs, l’ambiance. L’hélium, né de la nucléosynthèse primordiale, juste après le fameux « Big Bang » me permet de conserver toute ma lucidité malgré les 7 atmosphères qui s’exercent sur moi. Gaz étonnant, tout à droite dans le tableau de Mendeleïev, dont la très faible masse volumique me permet une ventilation aisée et souple malgré les faux poumons du recycleur ou les grains de chaux que je dois traverser à chaque souffle. Ici, 60 m sous terre, je suis dans le même état de narcose que si je respirai de l’air à – 10 m de profondeur….. Encore moins narcosé qu’au fond de la fosse des Vagues !

Aller retour rapide à - 60 m, l'esprit clair et vif grâce au trimix.

Aller retour rapide à - 60 m, l'esprit clair et vif grâce au trimix.

35 minutes de décompression imposées par le génie électronique que je porte au poignet. L’hélium, avec ses molécules fines et passe partout, prend moins de place que l’azote mais il se répand plus vite…. Je repasse la serrure verticale et retrouve Gilles qui m’attend, prudent un peu plus haut. Dans ses bouteilles, il n’y a aujourd’hui que…..de l’air !

Le recycleur assurera toute la plongée, le bi dorsal et le relais ne sont là qu'en sécurité, pour sortir en cas de défaillance de la machine.

Le recycleur assurera toute la plongée, le bi dorsal et le relais ne sont là qu'en sécurité, pour sortir en cas de défaillance de la machine.

Nous remontons. Premier palier à – 24 m qui s’effacera durant l’ascension, et je me retrouverai finalement bloqué à – 18 m, en haut du puits, pour quelques minutes de palier. Nous repartons ensuite vers la sortie, en traînant largement en chemin, histoire de profiter des bulles prisonnières du plafond qui s’étirent, enflent, se prenant pour une flaque de mercure inversée….

L'air expiré enfle et obéissant à Mariotte, cherche la surface: il ne trouve ici qu'une prison calcaire, où piègé, il s'étale tel le mercure des anciens thermomètre.

L'air expiré enfle et obéissant à Mariotte, cherche la surface: il ne trouve ici qu'une prison calcaire, où piègé, il s'étale tel le mercure des anciens thermomètre.

Ces bulles pétillantes sont celles expirées par Gilles, coincées au plafond. la bague macro donne cette illusion de champagne

Ces bulles pétillantes sont celles expirées par Gilles, coincées au plafond. la bague macro donne cette illusion de champagne

Puis l’étroiture à – 12 m se présente, et comme d’habitude par un effet d’optique sournois, elle nous semble infranchissable…. Quelques galets repoussés plus tard, nous nous installons pour le dernier palier, un bon quart d’heure à tuer à – 6 m.

Le corps immobile au palier, attend sa délivrance. l'esprit, lui, vagabonde et retourne au fond du puits.... la prochaine fois, un peu plus bas, un peu plus loin...

Le corps immobile au palier, attend sa délivrance. l'esprit, lui, vagabonde et retourne au fond du puits.... la prochaine fois, un peu plus bas, un peu plus loin...

Le profil de la plongée.

Le profil de la plongée.

118 minutes après le départ, nos têtes casquées crèvent la vasque, et nous contemplons un ciel plombé chargé de pluie…. Qu’importe, nous avons dans la tête un voyage hors du temps, que nous n’oublierons pas de sitôt…..

Ariane nous a laissé son fil, offert depuis l'antiquité aux audacieux qui pénètrent un labyrinthe. Sans lui point de retour...

Ariane nous a laissé son fil, offert depuis l'antiquité aux audacieux qui pénètrent un labyrinthe. Sans lui point de retour...

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Published by plongeur
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