Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 14:45
In Mémoriam

Jean-Claude Barjot nous a quitté en ce début du mois de septembre, à 77 ans. Amoureux  de la mer, des bateaux et bien entendu plongeur passionné, il fut un des piliers de l'ASSP Plongée en son temps, mais aussi un moniteur de plongée à la Sécurité Civile reconnu. Notre section s'associe à la peine de ses proches, voici quelques images pour nous rappeler de lui.

In Mémoriam

Jean-Claude était un plongeur de l'ancienne génération, celle des combinaisons "peau de requin", des Mistrals pas encore royaux, des Fenzy oranges autour du cou quand on en avait une, des tables GERS 65 et des jets fins. Une époque où chaque plongée était une aventure, pleine d'amphores posées sur le sable et d'épaves aux amers incertains. C'était le temps où la technique et la condition physique compensait un matériel rudimentaire, avec le gout du sel dans la bouche et la main sur la tige de réserve....

In Mémoriam

Stage de Chef de plongée à Antibes en 1975. Jean-Claude est le premier en partant de la gauche. il y a une autre tête connue sur cette image rongée par les années, cherchez bien.

In Mémoriam

La date de cette image est inconnue, probablement prise vers l'Ile Barbe lors des nombreux stages que Jean-Claude  ( 1er en partant de la droite ) encadra durant sa carrière:

il a été un des piliers de l'encadrement des stages SAL puisqu'il les a enchaînés de 1970 à 1977.

il a fait tous les stages de recyclage de 1968 à 1981, sauf en 1972 ( et 1976 où il n'y a pas eu de stage organisé en mer). en tant que stagiaire de 1968 à 1975 ( grade de sergent), puis directeur de stage en 1977 ( lieutenant), puis chaque année jusqu'en 1981 ( Capitaine).

il a cessé l'activité plongée opérationnelle en 1983.

 
In Mémoriam

Stage SAL en 1970, Jean-Claude est le second debout en partant de la droite. Les détendeurs Mistral n'ont pas d'aquastops, pour respirer il faut trier l'eau et l'air qui viennent en même temps...

In Mémoriam

Stage SAL de 1971, en survêtement. Jean-Claude est debout, 3ème en partant de la droite.

In Mémoriam

Piscine de Gerland, lors du stage SAL de 1972. Jean-Claude fait partie de l'encadrement

In Mémoriam

Stage SAL de 1977, toujours à la piscine de Gerland. Jean-Claude est debout, 3ème en partant de la droite.

In Mémoriam

C'est Jean-Claude qui en 1974, à la Croix-Valmer redécouvre et sort de l'eau le canon qui défendit longtemps la plage de Sylvabelle posé sur son rocher. Pour ceux qui ignore l'histoire, la voilà:

 

Le fameux canon de la plage de Sylvabelle…. Mais revenons plusieurs années en arrière.

En 1965, pour être précis, autant que notre mémoire le soit. A cette époque, 2 plongeurs du Bataillon s’adonnent à la chasse sous marine, durant leurs vacances : il s’agit probablement de Claude Moine et Serge Guérin. Par hasard, ils découvrent à 100 m de la plage, par 10 m de fond, un canon de marine, partiellement caché par le sable. Comment est-il arrivé là, cela reste un mystère. Peut être fut il perdu par l’Alcide ou l’Alceste durant la bataille des iles d’Hières en juillet 1795, où les navires français furent mis en déroute par ceux de la Royal Navy britannique. Cette fortune de mer restera sans doute inexpliquée…

Les 2 amis évoquent la découverte et la nouvelle se répand dans le cercle des plongeurs lyonnais de l’époque…. Le temps passe, d’autres évènements chassent la pièce d’artillerie des mémoires, le sable sous l’action des courants et des marées la recouvre, elle disparait du fond et des esprits. Notre canon retourne à l’oubli….. Il aurait pu y rester si Jean-Claude Barjot, en 1974 (ou 1975 ?), ne redécouvre la bouche à feu au détour d’une apnée : un rognon bizarre sortant du sable attire son regard, un coup de poignard frappé dessus confirme la présence de métal. Après plusieurs apnées pour gratter le sable, le rognon s’avère être le tourillon d’un canon. Aidé par Claude Henquel, il dégage tant bien que mal cette découverte et met à jour le lanceur de boulet. Face à l’obusier vieux de plusieurs siècles, les 2 plongeurs, apprentis archéologues,  prennent une décision à la « Indiana Jones » : ce canon, ils vont le sortir de l’eau….

Avec l’aide du gardien de l’époque, Pierre Martin,  ils vont récupérer tout ce qui de près ou de loin peut servir de sac de relevage, en particulier un fût métallique de 100 litres et quelques sacs en toiles pas très étanches viennent s’amarrer sur le lourd trésor de fer, préalablement secoué pendant des heures, en scaphandre ou en apnée, pour le dégager de sa gangue sableuse. Après plusieurs jours d’efforts, fût et sacs remplis d’air grâce à une bouteille de plongée, Claude Henquel et Jean-Claude Barjot déplacent, cm après cm, leur tribut arraché à la mer.

A 20 de la plage, les moyens de relevage improvisés ne portent plus assez l’engin qui repose sur le sable. S’organisent alors une chaine humaine, et pompiers en vacances, enfants ou touristes s’acharnent sur un bout frappé au canon pour aider Claude et Jean-Claude à faire émerger « leur » prise de mer. Il fallut 8 ou 10 pompiers pour finalement le hisser hors de l’eau et lui faire enfin revoir la lumière du soleil….. L’exploit valu même un article dans Var matin, avec la photo d’un bambin assis dessus, devenu adjudant au SDMIS depuis….

Le canon fût remisé sur la terrasse en dessous du local, et petit à petit failli être oublié à nouveau. Jusqu’à ce qu’un stage de recyclage de plongeurs opérationnels, en 1980, poussé par Daniel Lehmann, ne décide de le fixer au rocher où il garde aujourd’hui les Heures Claires, tourné vers le large. Voici l’équipe qui oeuvra alors pour le redescendre, brasser du béton sur la plage et le positionner : Serge Guérin Joseph Machulski  Johanny Baudrand  CHABANON Patrice Granju Mastronicola Serge Engel Jean-Pierre Simonet  Bernard Tissot  Daniel Lehmann  et Claude  Henquel.

Si vous passez un jour devant cet engin de mort devenu inoffensif, pensez aux efforts demesurés réalisés par nos anciens, pour qu’il devienne un point remarquable de la côte, une énigme pour archéologues ou tout simplement un jeu pour les enfants.

In Mémoriam

Ce canon, aujourd'hui, ne monte plus la garde sous le local de stockage des Heures Claires. La mer, dans un moment furieux a décidé de le reprendre...

De Jean-Claude, nous avons chacun nos souvenirs. Il me reste ceux d'un passionné par la mer que je croisais à la Croix-Valmer, ou enfant je grenouillais déjà un peu avec son fils Jean-Philippe.

Je me souviens aussi de son aide précieux au début des années 90: stagiaire IUT je devais rédiger un mémoire sur "l'estimation du facteur temps pour l'établissement des moyens hydrauliques"....ça ne s'invente pas...

J'avais littéralement pillé la banque de diapositives du service cinéma de la Direction Incendie et Secours de l'époque, et Jean-Claude, alors affecté au groupement logistique m'avait gentiment scanné ces dispositives pour les intégrer à mon mémoire. Il était déjà "geek" avant que le terme ne soit inventé...

Adieu Jean-Claude...

Adieu Jean-Claude...

Partager cet article
Repost0

commentaires