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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 15:12

 

 

 

CR de la sortie au Grand Goul ( BSA) du 9 mars 2015

 

 

 

PM Steph dans la galerie

La photo et la spéléologie sont 2 disciplines exigeantes. Mariez les, immergez le tout sous l'eau et vous obtenez une activité

faisant passer la quête du Graal pour un séjour à Disneyland....                    Photo Philippe Moya  

 

 

 

Participants : Gilles Froment   Philippe Moya  Stéphane Simonet

 

Sauf mention contraire, toutes les images sont de Gilles Froment


 

Cette plongée fut longtemps espérée, préparée, reportée, déplacée…De chute de neige en blocage routier, de

météo capricieuse en crue imprévue, Mithra ne semblait guère décidé à déverrouiller le porche minéral des

Gouls. Et puis, comme un rituel informel, le jour J arrive enfin, celui où les pièces du puzzle sont enfin réunies

. Source claire, soleil renaissant dans le bleu du ciel, matériel paré, épaule réparée et RTT posée, rien ne

pouvait plus nous arrêter…  

 

 

GF Reflets  

Dés le début, le charme de la source opère. Concentrés sur notre préparation, nous en oublions parfois de regarder.... L'oeil

du photographe, lui, capte les détails, comme ces reflets dans l'eau claire.

 

Petite plongée finalement mais d’importance, à double titre : d’une part parce que nous avons prévu de faire

de l’image, belle si possible, et pour cela nous avons apporté « des watts », comprenez de l’éclairage. Outre

les lampes nécessaires pour la sécurité, ce n’est rien de moins que 5 phares dédiés à la prise de vue qui

viennent se rajouter à la panoplie déjà conséquente du plongeur spéléo…

 

D’autre part, après des mois d’abstinence forcée et de frein rongé, c’est la plongée de reprise de Gilles

, immobilisé loin des vasques par une épaule naguère vacillante mais aujourd’hui suffisamment vaillante

pour supporter le poids d’un Bi 10 litres. Un mono 18 litres, bien équilibré à grand renfort de mousse haute

densité et de sac de compensation, vient compléter ses réserves d’air. C’est dire qu’il n’a pas l’intention de

prendre qu’un bain de pied....

 

 

 

GF matériel en attente  

Qu'il en faut du matériel pour plonger sous la terre. Blocs, phares et appareils photos nous attendent, se croyant si beaux

dans ce miroir.....


 

Philippe, lui, se charge volontiers et sans faiblir d’un bi 20 litres bien adapté à sa carrure : à le voir décoller

cette double gueuse du sol sans ciller, on se dit qu’il jouit d’un dos bien préservé et de genoux en titane…

 

 

GF Steph aide Philippe  

C'est pas lourd un bi 20..... un p'tit coup de rein, et hop !

 

 

 

Capture

Voici la partie de la galerie où nous chasserons les images...

 

   

 

C’est clair l’envie, presque viscérale, de plonger est là, bien présente. Le matériel trouve vite sa place au b  

ord de la vasque. Mes 2 relais 6 litres s’y posent donc bien vite aussi, à côté des casques, des appareils  

photos caparaçonnés sous le plexiglas ou l’aluminium anodisé, et tout le bric à brac du « souteux…. »

 

Je me charge quant à moi de mon recycleur habituel, machine à plonger dans le silence, sans bulle ni bruit…

Et encore une fois, sitôt l’embout en bouche, la chaux amorcée et les « checks » déroulés, on oublie la

certitude du ciel, la monotonie du quotidien et la folie du monde. La frontière est franchie, un dernier salut

pour le Dieu Mithra, divinité oubliée de ses adorateurs, et la pesanteur s’estompe, l’esprit se focalise sur

l’essentiel, ce fil issu d’une autre mythologie qui s’enfonce droit vers un corridor dépourvu de minotaure,

mais paré de biens d’autres pièges….

 

Et le premier d’entre eux ne se fait pas attendre. A peine les batteries pour le chauffage déposées vers – 6 m,

voilà que la lumière diffuse des leds dévoile à – 12 m une lèvre pincée surplombant une mer de galets bruns  

et blancs : les yeux s’écarquillent sur une pensée fulgurante : « on ne passera pas… »

 

 

pele mele  

Elle nous en fait voir de toutes les couleurs, cette restriction, comblée régulièrement par des galets malicieux.

On ouvre cette porte par la force de l'esprit, se persuadant que "ça passera"... En haut Philippe négocie en douceur

avec le bi 20. En bas, je peine à franchir le goulet, l'aide de Gilles est la bienvenue. ( photo Philippe Moya)

On entre au Goul du pont avec le bruit des galets qui roulent vers le fond...

 

 

 

"C'est impossible, dit la Fierté; c'est risqué, dit l'Expérience; c'est sans issue, dit la Raison; mais essayons,

murmure le coeur ». Jolie formule, emprunté à William Arthur Ward. Je dépose donc les phares que j’avais à

la bretelle, présente la partie la plus charnue de mon anatomie à cette estafilade ouvrant la roche. Sur le

ventre, palmes en avant, j’entreprends la reptation habituelle entre galets et voute minérale. Le premier

essai n’est pas concluant, mais têtu et aidé par Gilles venu à la rescousse, je franchis la restriction comme un

caillot s’échappant d’une artère.

 

 

 

GF Steph face à l'étroiture  

Déjà l'esprit s'égare, où est l'entrée ? Face à la blessure minérale, le plongeur se fige, observe,

imagine le passage. Dans quelques instants il sera digéré par la roche, et se re matérialisera dans la

galerie. la plongée spéléo, c'est encore mieux que Star Trek.....

 

 

 

 

Je suis passé, seul derrière la serrure du Goul du Pont je savoure

l’instant….Sans omettre de vérifier les vannes d’injection d’oxygène et diluant, ma PPO2, les ordinateurs.

Tout est Ok, j’allume les phares qu’on m’a fait passer au travers de la fêlure calcaire : de l’autre côté, les

flashs crépitent et Philippe, toujours étonnant, passe son mètre quatre-vingt et quelques et le bi 20 au

travers de la brèche, suivi par Gilles.

 

 

GF Steph en haut du puits  

Sous terre, la lumière est aussi vitale que l'air respiré. des phares, nous en sommes donc bardés,

pour la photo, la vidéo, pour la sécurité.... Rentrer dans le noir le plus absolu la main fébrile sur le fil,

est une expérience toujours intense.....

 

 

Paré de toutes mes lumières, matador digne d’un 8 décembre, je peine un peu à me stabiliser avec tous ces

accus pendus aux bretelles. J’avance sur la pointe des palmes, le Graal Marine déchirant l’obscurité devant,

l’antique 100 W Subatec et le Métalsub, cadeau d’un autre Philippe, déshabillant la roche de ses ténèbres à

gauche et à droite.

 

 

GF fil sur la roche  

Un fil part vers dans une galerie étroite, promesse d'une aventure pour un autre jour. Il faudra revenir

avec une configuration matériel autorisant l'exploration de cette section "intime"

 


 

 

 

 

Je progresse le plus lentement possible pour laisser le temps à Philippe de prendre les

clichés : encore trop rapide pour lui laisser le temps de capturer le spectacle… Qui, me dira t il sorti de l’ea

u, était grandiose…. Cette galerie maintes fois parcourue, il l’a redécouverte, débarrassée de l’ombre qui la

dissimulait… La roche n’existe pas tant qu’on ne la fait pas jaillir de la nuit, et sitôt la clarté disparue, elle

retourne à l’oubli….

 

Et c’est pour cela que nous emportons avec nous ces merveilles de technologie numérique, ces batteries si

lourdes et ces phares encombrants, pour partager ce spectacle d’ombres et de lumières.

 

 

  Quelques images de la plongée:

 

 

 

 

 

 

 

GF Steph dans le puits

Au bout de 70 m de progression, le puits s'amorce vers - 18 m. Arrivée à - 80 m, une petite galerie rejoint

un autre puits qui plonge vers l'abysse à plus de 170 m de profondeur. Rares sont les plongeurs qui s'aventurent

là.... Mais déjà au sommet, c'est magnifique !

 

 

Nous arrivons au puits, promesse de sensation toujours garantie, cette chute au ralenti au cœur de la terre.

Les photographes m’inondent d’éclairs de flash, tandis que je tourne sur moi-même avec mes phares. Je me

laisse glisser en douceur vers le fond, profitant à mon tour du ballet des faisceaux sur la roche. Vers – 30 m

Philippe me rattrape et m’indique, pouce levé, de rejoindre la lèvre du puits pour une séance de pose. Ça

filme, ça photographie, ça crépite….

 

 

 

 

GF le puits

Vision d'émeraude du puits sondant vers l'obscurité. Plus loin, c'est le terrain de jeu du trimix, des recycleurs,

des ordinateurs multi gaz et autres propulseurs. Une plongée digne d'une échappée sur la lune....

 

 

 

Et au bout d’un moment, la visibilité se dégrade, forcément… Philippe

m’indique la fin de la séance photo. La tentation d’une eau claire est trop forte et je lui indique par geste que

je redescends. Nouveau saut dans l’antre de Mithra, je contrôle ma descente et quitte les brumes liquides du

haut de la cavité pour la limpidité de la source, entre 30 et 40 m. Je stoppe à – 38 m et prends le temps de la

contemplation, luxe suprême aujourd’hui, prisonniers que nous sommes des montres et des agendas.

 

 

GF roche scultée

L'eau est passée, a réalisé son travail d'érosion, l'eau a gagné, elle gagne toujours....Plus dure que la roche,

elle a scultée sur son passage vers le soleil ces circonvolutions magnifiques.

 

 

J’amorce l’ascension comme j’ai géré la descente, presque sans coup de palmes, entrainé par l’air se

détendant dans ma wing. Pause vers 21 m, imposée par l’ordinateur, puis retour en solo vers la sortie. J’y

retrouve Gilles en plein travaux de terrassement : il élargit notre issue vers le jour en poussant les galets.

 

 

GF Gros plan Steph

Portrait subaquatique d'un plongeur, juste avant l'étroiture de - 12 m.

 

 

Accouchement sans douleur donc pour gagner la zone de décompression où attendent les batteries de

motos posées à l’aller.

 

 

GF étroiture retour

Voici l'étroiture côté amont, telle qu'elle s'offre au plongeur sur le chemin du retour. il est d'usage d'y

pousser quelques galets pour se faciliter la sortie. Mais au passage, le photographe ne peut que figer

les reflets qui dansent dans la bulle d'air prisonnière du plafond....

 

 

J’apprécie la chaleur du gilet chauffant une fois les accus raccordés, et Gilles con

tinue les clichés en macro. Après un bon quart d’heure, il est temps de rejoindre le 3èmecompère qui nous

attend, large sourire aux lèvres, au bord de la vasque.

 

Nous reviendrons.


 

Encombrés de nos lourds scaphandres, mais enthousiastes à l’idée de passer à nouveau l’interface liquide et

de quitter la planète, pour un voyage dans la galaxie souterraine.

 

 

GF Gilles et Steph

Gilles et Stéphane, photographiés par Philippe.

 

On vous racontera….

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Published by plongeur - dans CR des sorties
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