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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 11:11

 

CR du rassemblement de plongée souterraine à Pont St Esprit ( Ardèche )

 

 

Camp RABA nov 2010 plongee (97)

                Photo Robert Le Pennec

  

Participants : Sylvain Dupuy, Gilles Froment, Stéphane Simonet.

 

Du 11 au 14 novembre 2010, la Commission Régionale de Plongée Souterraine du Comité Rhône Alpes Bourgogne Auvergne (CRPS-RABA ) organisa un rassemblement de plongeurs spéléos de tous bords en Ardèche. L’objectif était de faire se rencontrer débutants et explorateurs chevronnés, jeunes et moins jeunes , cracheurs de bulles et adeptes du recycleur, autour d’une passion commune.

Et bien sûr, plonger !

L’objectif fût atteint. Et l’ASSP Plongée ne pouvait laisser passer si belles occasions de découvrir de nouveaux sites, d’échanger avec les plongeurs les plus performants du moment et surtout de rencontrer quelques anciens toujours actifs, dont les noms hantent les comptes-rendus d’exploration depuis les années 70…

 

 

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                        Un plongeur progresse dans une galerie, photo Gilles Froment

 

11 novembre, 1er casse tête….

 

RDV chez Stéphane pour charger l’ensemble du matériel : les 3 voitures sont pleines, la remorque s’ouvre et nous comprenons vite qu’il va falloir faire des choix… le bi 2x12 litres, la claie de portage, le locoplongeur et la luge (pour remonter des blocs plus facilement dans une pente raide) sont laissés sur place. Le reste se tasse plus ou moins bien dans la remorque : 2 blocs de 18 litres, une paire de 10 litres, une autre de 9 litres, un bi 2x9 avec sa wing, 2 caisses de petits matériels, les vêtements étanches et humides, les baudriers, et je passe sur les sacs petits ou gros…

Bref nous partons chargés comme des mules, et 3 heures plus tard, nous arrivons à Chadouillet (07).

Première reconnaissance à pieds dans le lit de la Claysse asséchée. Au milieu de la roche blanche, nous découvrons un entonnoir rempli de galet où la vasque se devine. Une plaque à la mémoire d’E.Piccinnini, plongeur villeurbannais décédé ici en 1955 nous incite à la prudence. C’était le 3ème mort de l’histoire de la plongée souterraine…

 

 

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                Dans le lit de la Claysse, déambulent des êtres étranges...Photo Gilles Froment 

 

Au bas de l’éboulis, un carrefour de galerie commence : la galerie profonde file plein nord, tandis qu’une branche sud, dite « branche Bertrand Léger » s’engage vers le sud. Nous décidons d’explorer cette dernière, moins profonde et surtout moins touilleuse. Enfin, ça, c’est ce qui est décidé sur le capot de la remorque en surface…. Parce qu’une fois sous terre…..

 

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                        A la recherche du bon passage... Photo Gilles Froment

 

Une fois l’ensemble des bouteilles et du matériel acheminé au bord de l’entonnoir, nous voyons sortir un barbu, au demeurant fort sympathique, en…. maillot de bain ! Il vient récupérer de l’argile, en abondance ici, pour réaliser sculptures et poteries. Nous avons l’air malin en combinaison de plongée avec nos bouteilles….

 

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                le plus dur est fait, reste encore le moins facile.  photo Gilles Froment

 

Bref, après l’avoir aidé à remonter la pente de galets, véritable tapis roulant, nous nous glissons à notre tour jusqu’à la vasque. L’eau est claire, et après quelques mètres dans 1 mètre d’eau, nous voici face au dilemme : une galerie quasi sèche part vers la branche profonde, tandis qu’une autre immergée, s’enfonce sous terre : il doit s’agir de la branche Bertrand Léger et nous décidons de nous y engager.

 

DSC02173                conciliabule avant l'immersion, photo Gilles Froment

 

 

 Gilles et moi sommes équipés «  à l’anglaise », c'est-à-dire avec les blocs sur les flancs, afin d’être le moins volumineux possible pour passer les étroitures. Sylvain opte lui pour une configuration plus classique : bi 9 en dorsal, et s’engage donc le premier dans la galerie.

C’est très joli, mais aussi très bas de plafond et rapidement ça bloque. Sylvain s’apprête à décapeler pour pousser ses blocs devant lui mais la touille se lève, et nous sommes 3 à progresser dans ce conduit : cela ne nous paraît pas être le bon chemin et nous faisons demi-tour.

 

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                la galerie exondée, photo Gilles Froment

 

Un peu perdu, nous décidons d’emprunter la galerie aérienne qui doit mener à la branche profonde. Pataugeant dans l’eau et la glaise (notre barbu avait raison, ce n’est pas ce qui manque). Et nous voilà devant la vasque de la branche nord… Allez, puisqu’on est là, on va y faire une petite reconnaissance…

 

 

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                Sylvain en route pour la branche nord, photo Gilles Froment

 

La glaise est partout, et 3 plongeurs qui s’équipent dans cette baignoire, « c’est pas bon pour l’eau claire ! » Je suis le dernier à partir et je mets la tête dans un liquide boueux… à quoi ressemble la galerie ? Pour le moment à la corde servant de fil d’Ariane que je tiens dans la main… Je me laisse couler dans cette purée liquide, seul le bruit des détendeurs de Gilles et Sylvain me confirme leur présence, sous mes palmes. Passé 10 m, ça s’éclaircit un peu : je fais cracher le phare de 100 w pour que mes compères en tête puissent en profiter au maximum. Nous sommes dans un puit, appelé très justement « le puit du vertige » sur la topo : le conduit s’enroule sur lui-même et la boussole tarde parfois à suivre le mouvement…

 

  • 30 m : nous serons bientôt en limite d’autonomie et il faut se dépêcher, une course contre le temps, dans ce lieu hors du temps s’engage. Nous progressons dans une galerie horizontale, le siphon semble se stabiliser, la roche est belle, très découpée. Je repère une flèche en plastique blanc, sur le fil d’Ariane, elle indique la sortie.

- 35 m : ça descend toujours. Je contrôle mes manos, il me reste 20 bars maxi avant de faire demi-tour. Gilles et Sylvain, toujours en tête, descendent toujours et je les vois à travers un énorme « hublot » découpé dans la roche : je m’y engage pour les rejoindre et nous nous regroupons vers 41 m, le regard vers le fond, vers cet abysse qui nous attire : 10 m plus bas, c’est la galerie des « philophages belges », long laminoir de 220 m de long puis le puits Illizarof… Mais ce sera pour une autre fois, avec un recycleur sur le dos et du trimix dans les poumons. Le Peyraou ne s’apprivoise pas facilement….

 

Où le plongeur spéléo doit rester zen …

 

Demi-tour. La belle roche vive se fait plus discrète, voilée par la touille en suspension qui descend sur nous comme si la nuit tombait en avance. Je perds mes compagnons de vue, et je me concentre sur le fil guide et mes instruments, au moins j’arrive encore à les lire. Parfois la galerie se dévoile fugacement avant de se perdre dans les volutes d’argile. De nouveau la flèche en plastique sur le fil, par ici la sortie !

 

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                    la visibilité se dégrade  photo Sylvain Dupuy

 

Les manomètres semblent descendre un peu vite… Mais la faible visibilité rend la progression plus difficile.

Un peu plus haut, je retrouve tout le monde, avant de me retrouver isolé de nouveau. En levant la tête j’aperçois un halo jaunâtre, probablement le phare de Gilles.

Cette fois, vers 10 ou 15 mètres, je suis quasi aveugle, et je peine à déchiffrer les indications de l’ordinateur, les manos c’est plus la peine, je change d’embout « au feeling ».

Vers 6 m je crois deviner une palme prolongée d’une jambe. C’est Gilles : j’ai à peine le temps de deviner le signe «  on fait un palier de 3’ » que sa main disparaît dans l’encre noire. Bon, je me pose et parviens à déclencher mon chronomètre.

 

J’attends.

Une fois de plus l’esprit s’égare. Une pensée pour certains qui ne remonteront plus…. Un frisson me parcourt l’échine et je sais que le froid n’est pas responsable.

 

Penser à autre chose…

 

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                   Retour de plongée, photo Stéphane Simonet

 

Et puis je suis la corde, et j’émerge dans la vasque où je retrouve Sylvain très enthousiaste (quand on passe le premier c’est toujours plus beau…. ) et Gilles plus pensif «  faut revenir avec des recycleurs »

 

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                    Gilles dans la vasque d'entrée, photo Stéphane Simonet

 

Nous sortons et repassons devant la galerie précédente où je tente une nouvelle reco, pensant qu’à l’anglaise je passerai mieux que Sylvain en dorsal : pas évident….

C’est le crépuscule quand nous arrivons au pied de l’éboulis : la sortie des plongeurs et du matériel sera source de sacrées rigolades…..

 

 

 

DSC02246                    Pas facile de ressortir de l'étroiture, avec les galets "taps roulant " photo Stéphane Simonet

 

 

La tour de Babel des plongeurs

 

Le matériel rangé, nous rejoignons le gîte à Pont St Esprit où Claude Bénistand, grand GO de cette sympathique secte de caverneux nous attend, avec toute l’équipe des plongeurs : Ils sont allés plonger à Bourg St Andéol, et nous racontent leurs plongées pendant le repas.

Certains ont eu des chaleurs au Grand Goul, l’étroiture d’entrée à – 12 m ayant la fâcheuse tendance à se combler après le passage des plongeurs : décapelage obligatoire pour sortir…

Nous faisons petit à petit connaissance avec la troupe. Et parmi eux se trouvent d’anciens spéléos, toujours vaillant, que nous ne connaissions jusque là que par les comptes rendus d’exploration que nous consultions avant d’aller plonger…. Merci à eux de nous faire partager «  à la veillée » les secrets des siphons cachés…..

 

Mais il faut bien finir par dormir, bercé par les doux ronflements de notre président bien fatigué…..

 

DSC02248             Tous le monde se prépare pour la seconde plongée, Photo Gilles Froment   

  

Le lendemain matin, il faut regonfler les blocs et choisir un nouveau site de plongée : Après moult hésitations, nous irons au Goul de la Tannerie, afin d’explorer certains passage étroits, jamais explorés par nous, faute de temps et de scaphandre adapté.

 

Camp RABA nov 2010 plongee (9)

                    Sylvain dans la vasque de la Tannerie, photo Robert Le Pennec

 

D’autres, emmenés par Michel Conte iront palmer dans les grands corridors sombres de la Marnade.

 

Au bord des vasques, notre petit monde s’agite. Une équipe menée par Jean-Claude Pinna se prépare pour une longue plongée jusqu’au puits, avec pour objectif un forage vers – 70 m.

 

Camp RABA nov 2010 plongee (44)

                    Avec un recycleur latérale, sous une cloche d'air. Photo Robert Le Pennec

 

 Double recycleur et propulseur deviennent entre leurs mains des « armes d’exploration massives » et nous discutons longuement avec Jean-Claude, Xavier Méniscus et Baptiste Bénédittini de la configuration de leurs scaphandres.

 

Camp RABA nov 2010 plongee (72)

                   JC Pinna se présente devant l'étroiture à 120 m, photo Robert Le Pennec

 

Puis c’est le départ de la fine équipe, accompagnée du vénérable Jean-Louis Camus équipé de son recycleur « maison ». Robert Le Pennec, second vétéran du groupe, nous tirera à tous le portrait, posté en embuscade au début de la galerie avec un équipement photographique à faire pâlir de jalousie.

 

Camp RABA nov 2010 plongee (20)

                    Gilles s'avance sous le porche du Goul de la Tannerie, photo Robert Le Pennec

 

Quand à nous, hé bien, tous pour un et….Chacun pour soi !

Même siphon, même moment mais 3 plongées différentes :

 

Camp RABA nov 2010 plongee (12)

                    le président en exploration ! photo Robert Le Pennec

  • Sylvain ira jusqu’à 300 m pour faire des photos, et en profitera pour passer 20’ dans l’étroiture (décidemment il y en a partout !!) au bas du canyon à 120 m à déblayer les galets, facilitant ainsi le passage pour les plongeurs profonds équipés de gros scaphandres.

  • Gilles ira explorer un shunt (galerie parallèle ) vers 260 m, ainsi que diverses galeries annexes: ( photo Robert Le Pennec)

Camp RABA nov 2010 plongee (28)

  • Et pour ma part, je l’abandonnerais vers 160 m pour plonger dans une fracture me menant à -18 m, où je jetterais un œil dans des départs plutôt étroits. Ma configuration « à l’anglaise » étant nettement perfectible, je n’irais pas bien loin dans ces veinules….

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           Le secrétaire au début de la galerie, photographié par Robert Le Pennec    

 

Cependant, sur le chemin du retour, je visiterais une belle cavité aérienne au sommet du canyon, une autre en rive droite dans le laminoir d’entrée. Sans impératif précis autre que gérer ma réserve de gaz, je prendrais enfin le temps d’être attentif et de regarder….

 

Camp RABA nov 2010 plongee (84)

              Passage mi air mi eau, photo Robert Le Pennec

 

 Camp RABA nov 2010 plongee (105)              Sylvain de retour d'exploration, photo de Robert Le Pennec

  

Le froid me fera sortir de l’eau 1h 15 après mon départ.

Mais avant de me déshabiller, j’irais voir l’étroiture du Grand Goul que j’évoquais plus haut : effectivement, c’est étroit…. Ma prochaine plongée profonde y semble compromise, vu que j’y passe en frottant avec mes petites bouteilles montées en latéral….

 

 

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un secrétaire ravi à BSA, devant la Tannerie. photo Sylvain Dupuy

 

Un gros chantier de désobstruction se profile….

 

 

En conclusion, 2 jours forts enrichissant tant sur le plan technique qu’humain, où la haute technologie côtoie notre bricolage éclairé ou parfois approximatif, où l’enthousiasme le plus fougueux est tempérée par la sagesse du vécu, où plusieurs expressions d’une même passion se mélangent.

 

Camp RABA nov 2010 plongee (80)

                    le bonheur de plonger sous la terre, photo Robert Le Pennec

 

La question ne se pose même pas, rendez-vous en 2011 pour le prochain rassemblement de la CRPS-RABA !

 

 

 

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la sortie d'émeraude de la Tannerie, par Sylvain Dupuy

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Published by plongeur - dans CR des sorties
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