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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 15:20

 

Grand Goul, la galerie profonde

 

Lundi 3 mai 2010

 

 

vasque page1

 

 

 

 C   Cette fois, ce fut la bonne.

Cette plongée était prête depuis bien longtemps et il me fallut beaucoup patienter pour enfin la réaliser. Trois tentatives furent nécessaires, mais l’histoire est un peu longue et mieux vaut revenir un peu en arrière pour la comprendre.

 

 

 

Premier acte : Les débuts de la plongée aux mélanges

 

Tout a commencé il y a un peu plus de 20 ans, le 22 août 1988, à la grotte de Thaïs. Une plongée à l’air en bas du grand puits, à 71m, se termina en quenouille avec une magistrale narcose qui me flanqua la frousse de ma vie. Je me souviens encore comme je me suis maudit de m’être mis dans une situation aussi précaire. C’est ce jour là que j’ai pris la décision de faire les efforts nécessaires pour acquérir les techniques de plongée aux mélanges. Sinon, l’accès aux profondeurs resterait interdit.

 

Avec Henri Benedittini, compagnon de route de mes premiers pas sous terre, nous avions cependant commencé à regarder quelques années auparavant tables et procédures.

PPLI de la Comex, Royal Navy longues, CG Doris, Marine Nationale…C’était avant la relative démocratisation des mélanges en plongée et l’avènement des logiciels et autres ordinateurs multi gaz immergeables qu’il n’y a en principe qu’à paramétrer et respecter.

 

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1er octobre 1984 Photo Henri Benedittini

 

 

Le 21 mars 1985, nous étions déjà allés consulter Jean-Pierre Imbert à la Comex, pour lui demander conseil sur des tables pour 20mn à 81m au Grand Goul. C’est que notre plongée dans la zone des 60m, le 1eroctobre 1984, avait aiguisé notre appétit. Déjà, pourtant, l’étroiture était particulièrement sauvage : 25mn de désobstruction pour passer sur le dos, en bi 15 décapelé traîné au-dessus de la tête…

 

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1er octobre 1984 Photo Henri Benedittini

 

 

Mais la technique et l’entraînement non encore acquis ne nous permirent pas de tenter l’expérience au Grand Goul car la source se reboucha sérieusement peu après le gros travail de déblai que fit en octobre 1985 le plongeur allemand Joseph Schneider pour passer tout son équipement et repousser les explorations jusqu’à à 135m de profondeur, à 330m de l’entrée.

 

A part un essai à « la giclette » (c’est à dire 10-15 % d’hélium en prenant les tables air), assez peu concluant vu le peu de gain en narcose, il fallut environ 10 ans pour qu’on commence à faire nos premiers essais en lac avec Stéphane, Henri étant parti dans l’Aude dans le milieu des années 90.

 

Le lac est une excellente école, plutôt dure, et on grenouillait tout juste une fois par an dans la zone des 60-70m sans trop oser s’aventurer plus profond du bord, à cause de la logistique nécessaire. Avec les marges en gaz que l’on prenait déjà et en plongeant à deux en même temps, cela faisait de belles lignes de décompression pendues sous une grosse bouée, le plus souvent au tombant de Châtillon, au nord du lac du Bourget. C’était entre 1999 et 2001.

 

Et puis est arrivé un petit bonheur à Bourg Saint Andéol.

 

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Dans l’eau claire, le narghilé oxygène avec une B50 en surface

 

Second acte : La réouverture du Grand Goul et les grandes explorations

 

Lors du week-end de l’Ascension, en mai 2002, l’association les Fils d’Ariane opéra une très grosse opération de désobstruction pour évacuer près de 15m3 de cailloux et déplacer 20 autres m3 d’enrochements.

Ce fut le début d’une série d’explorations retentissantes réalisées notamment par Xavier Méniscus, l’enfant du pays, scaphandrier professionnel par ailleurs. Il poussa le bouchon jusqu’à 185m de profondeur, à 600m de l’entrée.

 

Mais ce fut également pour nous, comme pour de très nombreux plongeurs venus de tous les coins de France, de Navarre et même d’Europe, un terrain de jeux et d’entraînement privilégié, tellement la cavité est belle et confortable.

 

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Vers 30 ou 35m de profondeur, après le puits de -18m

 

Hormis l’étroiture d’entrée, dont la hauteur libre varie avec les crues et l’opiniâtreté des plongeurs spéléo qui la désobstruent juste ce qu’il faut pour assurer leur plongée, la cavité est idéale pour les plongées aux mélanges : véhicules stationnés au bord de la vasque, eau claire et roche très propre avec très peu de dépôt argileux, mais surtout profondeur rapidement accessible par une enfilade de puits séparés par deux courtes galeries horizontales de 20 ou 30m.

 

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Une fois qu’on est passé, l’étroiture au retour

 

La cavité se décompose en plusieurs tronçons représentant autant de repères de progression ou de points de dépose de bouteilles de décompression.

 

La vasque débouche sur une courte galerie à 45 ° se rétrécissant à -12m pour laisser un passage de moins d’1 m entre roche vive qui se réduit régulièrement à cause d’un éboulis de galets en amont que la gravité fait inexorablement descendre lors du passage des plongeurs, mais que les crues remontent de temps en temps. Seules les très grosses crues, de par la puissance du débit de la source, arrivent à sortir pratiquement tous les galets de la galerie qui précède l’étroiture, mais en augmentant la pente du talus à la sortie. Et le cycle continue ainsi.

 

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L’entrée, vue de -9m

 

 

 

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Vision rare de l’étroiture entièrement dégagée. Photos Etienne Champelovier 26 novembre 2004

 

 

Nous avons organisé trois autres séances de désobstruction, plus modestes, les 4 et 26 novembre 2004 et dernièrement le 10 mars 2009, pour enlever encore 3m3 de galets. Mais on pourra y retourner quelque fois encore si on veut pérenniser le passage… !

 

travail p8 

Photo Etienne Champelovier 26 novembre 2004

 

Après l’étroiture, une galerie assez basse de 70m débouche à – 18m sur un magnifique puits vertical jusqu’à – 30m, se prolongeant ensuite à 45 d° jusqu’à un petit replat à – 52m. Un morceau de puits renvoie ensuite vers un rétrécissement facile vers -60m suivi d’une quinzaine de mètres de galerie déclive jusqu’à – 65m.

 

Après un puits en chicane, on aborde la zone profonde avec la première petite galerie de 25-30m de long, par –78/- 80m. La suite est légèrement décalée sur la gauche, avant d’arriver au cul-de-sac terminant ce court parcours horizontal.

 

Commence alors le grand puits qui descend en très forte pente directement jusqu’à la seconde petite galerie par – 110m de fond. Au bout de 20 ou 25m parcourus horizontalement, on a pris encore un peu de profondeur pour arriver vers 113-114m et un dernier petit puits amène à l’entrée de la galerie profonde entre 117 et 120m selon les instruments de mesure…On est à 250m de la vasque d’entrée.

 

profil p9 

 

La suite est plein sud, en pente plus ou moins accentuée selon les portions. Xavier Méniscus parcourut 350m jusqu’à 185m de profondeur, à environ 600m de l’entrée.

 

Troisième acte : Nos trempettes au Grand Goul

 

Embrayant derrière les ténors de la spécialité, nous suivons tout doucement, Stéphane et moi, notre petit bonhomme de chemin. Toujours avec le concours d’autres plongeurs pour mettre en place toutes les bouteilles de décompression et assurer la logistique/sécurité de surface, plongeurs passionnés également par l’activité et sans qui ces plongées ne pourraient se faire, nous explorons la cavité à notre niveau :

 

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Stéphane en recycleur seconde version (prototype SMG)

 

. 29 juillet 2002 : Gilles à 101m, 3h54 de plongée aux tables Doris

 

. 15 août 2002 : Stéphane à 102m, 3 h de plongée avec le logiciel Décoplaner

 

. 7 avril 2003 : Stéphane et Gilles en double à 82m, 2h24 de plongée avec Décoplaner

 

. 11 novembre 2003 : Stéphane et Gilles en double à 79m, 2h53 de plongée avec Décoplaner, coeff 20/50

 

. 26 décembre 2004 : En double,Stéphane à 91m et Gilles à 94m, 2h33 de plongée avec Décoplaner (20/50)

 

. 28 décembre 2005 : Première tentative 120m pour moi en bi bouteilles 20L circuit ouvert

 

 

 

Des mois pour rassembler le temps nécessaire à la préparation des mélanges et des procédures de décompression, une semaine de congés pour affiner et terminer de tout régler et, au final, le chargement de 300Kg de matériel dans la remorque puis du bi 20L tout équipé dans la voiture –au moins 70Kg au bas mot - eurent raison de la faiblesse intermittente des mes lombaires.

En route le matin, dans la voiture, un petit lumbago sournois me fit prendre à l’arrivée au bord de la vasque la sage décision de ne pas plonger. Tant pis pour l’investissement. J’aime trop la plongée pour ne pas risquer de tout perdre sur un mauvais coup de dé et de coincer une bulle au mauvais endroit. Ce sera pour une autre fois, mais le poids du scaphandre dorsal pour ce type de plongée commençait à m’interpeller et allait annoncer le 4ièmeacte.

 

Quatrième acte : L’arrivée des recycleurs

 

La rencontre eu lieu le 21 novembre 2003 à Hermance, au bord du lac Léman, près de Genève. En faisant un entraînement dans le coin, on a croisé celui qui allait nous donner le virus et les clés pour entrer dans ce monde « un peu fermé » des recycleurs. Un expert et orfèvre en la matière, qui plongeait avec son matériel le même jour que nous et avec qui nous avons sympathisé.

Nous ne le remercierons sans doute jamais assez pour sa patience et le temps infini qu’il nous consacra pour nous aider à trouver la bonne solution dans le choix du recycleur et des systèmes d’injection de gaz.

Phil, ingénieux et généreux expert suisse en recycleurs en tout genre, changea donc en 2004-2005, le cours de notre histoire.

 

Après moult réflexions et voyages en Suisse, nous sommes partis sur des appareils circuits fermés oxygène russes réputés très robustes (IDA 71), qui ont été transformés et adaptés pour être utilisables dans toutes les configurations de mélanges, en circuit fermé ou semi fermé.

 

Et le temps passa pour appréhender cette nouvelle façon de plonger, mais également pour faire évoluer la machine en fonction des découvertes liées à son emploi en eau froide ou en spéléo.

 

chamagnieu p12 

Chamagneu 26 décembre 2006, avec une version antérieure des systèmes d’injection

 

Après la première plongée avec ces recycleurs le 7 janvier 2005 au lac de La Forestière dans le parc de Miribel-Jonage, il nous fallut près de 5 ans pour avoir suffisamment confiance dans l’appareil et ré envisager de descendre bas au grand Goul.

 

La progression avait repris, presque aussi lente qu’en circuit ouvert, avec d’abord de longues plongées en mer l’été 2006 à la Croix-Valmer, près de Cavalaire, sur des durées d’un peu plus de 3 heures. Puis la profondeur se ré apprivoisa, non sans émerveillement devant la quasi absence de consommation de diluant (puisque le gaz est recyclé !) et l’absence du bruit des bulles.

 

D’abord dans la zone de 50 -65m en lac, en mer ou en siphon.

 

La reprise au grand Goul se fit le 24 février 2009 à - 53m, puis plus sérieusement le 7 avril de la même année à – 94m.

 

C’était reparti.

 

Les mélanges de 2005 étant toujours fringants et bien proportionnés, il ne fallut que les compléter pour reprogrammer une « pointe » le 23 décembre dernier. Des jours et des jours de cogitation sur les nouveaux protocoles possibles de décompression, une semaine de vérification des 300Kg de barda, etc., etc., la routine, quoi !

A part le scaphandre dorsal qui a maigri jusqu’à environ 40Kg, le reste des bouteilles est identique car la redondance est prévue en circuit ouvert ; donc aucun gain en logistique avec les mono recycleurs, voire le contraire. Et nous voilà reparti en équipe pour la seconde tentative juste avant Noël.

 

Ratée.

Une petite crue était passée avant et avait rebouché un peu le passage. Trop pour avoir le temps de déblayer, de tout mettre en place et de passer sur la journée. La nuit tombe vite en décembre.

Il fallait encore recommencer.

Les bouteilles sont donc restées telles quelles avec les détendeurs dessus jusqu’à la bonne fenêtre de tir. Ce fut donc le 3 mai 2010, 5 mois après.

J’ai savais que la patience était une grande vertu et qu’elle finissait par payer.

 

Cinquième acte : La belle plongée

 

 

La fine équipe qui m’offrit ce rare plaisir s’est constituée comme d’habitude, par connaissance et connivence, en fonction des disponibilités des uns et des autres sur la date qu’on avait fixée, Sylvain, Stéphane et moi.

Pour une plongée prévue à la limite de profondeur qu’autorise la fédération (120m), j’étais encadré de près par de nombreuses autorités. Pas moins de trois présidents pour m’assister, en plus de mon coéquipier de toutes les plongées :

Sylvain Dupuy, président du club de l’ASSP (pompiers de Lyon)

Michel Conte, président du comité départemental de plongée souterraine Drôme-Ardèche

Claude Bénistand, président de la commission régionale de plongée souterraine

Stéphane Simonet, présent dans tous les coups.

Avec une telle équipe, cela ne pouvait pas louper.

 

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La fine équipe

 

C’est d’ailleurs l’occasion de souligner cette notion d’équipe et de remercier. Ces plongées, complexes à mettre en œuvre, ne seraient pas possibles sans le soutien de « la bande de copains » que constitue la petite communauté des plongeurs spéléo.

Que ce long compte rendu soit aussi l’occasion de saluer les plongeurs qui m’ont assisté et de leur faire partager ce qu’ils m’ont permis de vivre.

 

La journée et la plongée se sont donc déroulées comme planifiées, à quelques détails près.

 

D’ailleurs, voici ce que je proposais à mes coéquipiers le 29 avril, 5 jours avant :

 

Bon, cela prend tournure, car on est désormais 5 pour la plonge du lundi 3 mai: Claude, Sylvain, Stéphane et Michel. C'est très confortable et chacun pourra faire sa propre plonge en posant un ou deux colis au passage.

 

S'il faut désobstruer un peu, Stéphane s'est proposé. Michel est bon jusqu'à 50 à l'air, comme Sylvain, et Claude sera au trimix pour en dessous.

 

Voici les paramètres de la plongée que j'avais prévus pour la tentative avortée du 23 décembre dernier:

 

Tables de sécurité en cas de panne du VR3 calculées avec Décoplaner paramétré à 6/50 pour faire démarrer le 1er palier à 75m (choix stratégie de déco), vitesse descente à 10 m/mn, comme la remontée.

 

Passage étroiture en 4mn (-12m), départ haut du puits - 18m à 10mn, descente 10 m/mn, 2mn à 80m pour la petite galerie, dépose d'une 20L de Tx fond, descente 110m, 2mn à 110  pour la seconde petite galerie, descente à 117 ou 120m selon les instruments, 2mn maxi au fond,  1/2 tour à 26mn, soit 16 mn après haut du puits -18m (To), c'est à dire 26mn après le départ de la vasque (T).

Remontée 9-10m/mn, 2mn à 110 et 3mn à 80 (reprise relais 20L fond). Fin de plongée environ 240mn. 

 

Sinon, plongée prévue avec 2 VR3. Le principal avec 20 % de conservatisme et le second en réchap’ à 10 % s'il fallait sortir un peu plus vite (celui de Stéphane).

 

Les gaz de déco en redondance circuit ouvert sont (à rentrer dans le VR3 pour Stéphane, 10% de conservatisme, à renseigner dans les programmes A et B):

 

                      Trimix 10/69 du fond jusqu'à 57m (20 L N° 1 de Ttrimix 10/69 à 225 b emmenée de la vasque au fond, 20L N° 2 de Trimix 11/62 à 220 b récupérée à l'aller à 60-65m et posée à -80m)

 

                      Trimix 24/40  à 57m (15L N° 3 à 210 b)  

 

                      Trimix 33/29 à 39m (12L N° 4 à 190 b)    + batterie de chauffage + 2L Argon

 

                      Trimix 40/19  à 30m (10L N° 5 à 200 b) 

 

                      N50 à 21m (15L N° 6 à 200 b +  10L N° 7à 175 b) 

 

                      N73 à 12m (15L N° 8 à 190 b)  + batterie de chauffage

 

                      Oxygène à 6m (15L N° 9 à 160 b+ B50 110 b avec glène)

 

Il y a donc à porter:

 

1 bloc à 57m (posé au sol devant l'étroiture) et éventuellement une 20L à 60-65m

1 bloc à 39m avec une batterie de chauffage et une 2L d'argon

1 bloc à 30m

2 blocs à 21m 

1 bloc à 12m avec 1 batterie de chauffage

1 bloc à 6m

 

Pour le retour, une jonction vers  39m à T+ 60mn environ serait bien pour me délester de 2 blocs (Une des deux 20L+ la 15L de Trimix 24/40)  (T = départ vasque et To = départ haut du puits à 18m, 10mn après) et si possible une autre jonction à 21 m à T+80mn pour prendre la 12L de Trimix 33/29 et la 10L de Trimix 40/19,  (je garderai une 20L de diluant tout le temps avec moi pour les rinçages du recycleur).

 

On ajustera qui fait quoi sur place et par quels blocs on commence. Si on termine par les blocs les plus profonds, le dernier porteur peut vérifier la ligne de déco en remontant (blocs au bon endroit, testés en pression, fermés). Mais cela peut aussi être le petit dernier qui fait sa plonge en même temps.

Claude doit rentrer tôt pour prendre sa garde le soir et sera libéré tôt (merci pour le changement de garde pour être dispo la journée).

Stéphane et Sylvain pourront boucler la fin de la plongée en rangeant les blocs pendant mon palier de 6m, puisque obligés de m'attendre pour rentrer (on vient à 3 dans ma nouvelle auto+ grosse remorque).

D'ailleurs, si on peut faire en sorte qu'il y en ait toujours un dans la vasque ou au bord, ce serait mieux pour les bagnoles et ne pas avoir à tout ranger. A 5, on doit pouvoir.

 

RV pour Sylvain chez Stéphane à 8 h30 pour décollage 9 h maxi. BSA 11h30, pause café comprise.

Plongée pour moi guère avant 14h-14h30.Simulation VR3 pas faite, mais durée probable 3 heures. 4 si je passe sur les tables circuit ouvert (grosses marges).

 

La "pointe" n'est pas le but, mais le prétexte...à passer une bonne journée ensemble et à se faire chacun une belle plonge, sans se prendre la tête.

 

Michel qui est du coin saura si la météo peut nous jouer un tour (cf. 23 décembre Rock'n Goul!).

 

A bientôt,

 

Gilles

 

NB pour les non spécialistes :

Trimix 10/69 = 10% d’oxygène et 69% d’hélium

N50= Nitrox 50 =50 % oxygène, le reste en azote

Etc.

 

 

 

J’ai prévu plutôt large selon certains observateurs, mais cela fait partie de ma tranquillité d’esprit nécessaire pour ces plongées profondes.

 

Pour le trimix fond, j’ai calculé l’autonomie avec 45 l/mn de consommation du fond au 1erpalier, en cas d’essoufflement difficile à récupérer. Cela s’est traduit par deux bouteilles de 20L, une posée à 80m juste avant le grand puits et l’autre avec moi au fond. Je n’ai pas osé prendre les 2 au fond de peur d’être gêné par la relative étroitesse du grand puits et la taille de ces blocs (1,10m), mais ce serait mieux d’être redondant aussi sur le diluant. Plutôt avec des 18L biens plus courtes, à étudier pour l’avenir.

 

Pour les paliers, j’ai prévu 25l/mn de ventilation et j’ai ensuite pratiquement doublé tous les volumes nécessaires pour que chaque bloc puisse suffire s’il fallait suppléer au bloc de déco suivant en cas de panne de son détendeur (en multipliant les paliers par 1,5).

 

Pour la stratégie de décompression, j’ai prévu de prendre un VR3 à 20% de conservatisme et un second à 10% en secours.

En cas de panne du recycleur et/ou des VR3, décompression possible en circuit ouvert avec décoplaner, coefficients GF Lo % 6 et GF Hi % 50, afin de commencer les paliers à 75m et avoir environ 3 heures de décompression.

 

J’avais validé les paramètres de ce protocole avec Jean-Pierre Imbert lors d’un stage recycleur Dolphin et Buddy Inspiration effectué chez lui début avril 2005.

 

décoplanner p17 

 

Nous voilà donc arrivés à Bourg Saint Andéol à 11h.

 

Après ¼ d’heure de retrouvailles et discussions tous azimuts, nous attaquons la préparation des bouteilles de mélange fond et de décompression. Il faudra 1h30 pour gréer tous les détendeurs et placer tous les flotteurs pour rééquilibrer les bouteilles avec un poids apparent nul, soit une vingtaine de kilos économisés tout de même. Sans cela, le portage et la remontée des bouteilles au jumar sur les cordes dans le puits pendant la déco seraient prohibitifs.

 

 blocs vasque p18

13 h, tout est prêt

 

A 13 heures, toutes les bouteilles sont passées par Stéphane à Michel et Claude derrière l’étroiture qui partent ensuite les mettre en place. Claude fera le contrôle de toute la ligne de décompression lors de sa remontée.

 

Pendant ce temps, je prépare mon recycleur puis fait un rapide repas. 10mn de sieste dans la voiture pour faire le vide et me concentrer et je m’équipe vers 14 h, très chaudement : sous-vêtements techniques, combinaison polaire, sweet-shirt polaire, gilet chauffant sur batteries externes, gilet polaire par-dessus.

 

G&S p 20 

 

Rarement autant habillé, mon vêtement étanche paraît bien petit et, déjà souple comme un verre de lampe en temps normal, je n’arrive plus très bien à mettre mes palmes tout seul… !

 

palmes p21 

 

 

Mais une fois dans l’eau, tout redevient facile. Les gestes tant de fois répétés s’enchaînent : Chauffage de la chaux en respirant dans le recycleur quelques minutes avant de partir, réglage de toutes les sangles de harnais, de celle du casque, vérification de la bonne accessibilité de tous les instruments, des éclairages et des différentes vannes d’admission de diluant ou d’oxygène, raccordement de la 20L de diluant (trimix 10/69), etc.

 

14h56, je suis parti.

 

Pour peu de temps, car je remonte moins de 10 minutes après sous le regard médusé de mes coéquipiers : l’étroiture passe trop mal et je ne veux pas la tenter en l’état ni seul.

Je me suis fait piéger par les nombreux plongeurs en stage ou exploration qui sont passés les 2 jours précédents pendant le WE, mais aussi par l’aisance des porteurs qui m’ont garanti un boulevard.

 

Gilles p 21 

« Echauffement »

 

 

Confiant en arrivant sur ce passage bas, je l’ai moi aussi visuellement trouvé honnête. 60 à 70cm estimés au pif. Il faudra que je le mesure au décamètre un jour pour savoir à quelle hauteur je ne passe plus, car il paraît que les masques dans l’eau grossissent d’un tiers, ce que j’ai dû oublier…

J’ai quand même essayé et mais j’ai bien failli me coincer comme il faut avec la bouteille de 20L attachée sur le côté gauche.

 

Demi-tour, donc, pour demander de l’aide.

Tout le monde était au bord de la vasque pour attendre et préparer la fin de ma plongée et heureusement qu’un 5èmelarron prénommé Guy, venu plonger en plus avec Claude, était au palier de 6m en train de terminer sa plongée. Avec la pelle US que j’avais récupérée en surface, il agrandit le passage – ce qu’on avait envisagé à l’origine de faire d’emblée - et me donna le petit coup de pouce nécessaire pour me faire passer, pieds en premier, dans cette grosse serrure liquide.

L’impression fut un peu bizarre, mais sachant que la logistique suivait pour le passage retour, je partis tranquillement vers le haut du puits à 18m pour me préparer à la grande descente.

 

Je devais démarrer la descente à T + 10mn, mais là j’arrive au puits à 26 ou 27mn. Comme j’ai prévu de faire demi-tour 16mn plus tard que ce dernier top départ, je préfère attendre jusqu’à 30mn pour faire un compte rond. Demi-tour maxi à 46mn, donc.

 

Et c’est enfin vraiment parti.

 

La descente se passe merveilleusement bien, sauf pour mon ordinateur multi gaz (VR3) qui expire à 31m. Ecran noir. Depuis que le j’ai acheté il y a 3 ans avec deux autres spéléos, je n’ai que des ennuis. Il est déjà retourné deux fois en Angleterre se faire autopsier, avec une facture de 180 euros supplémentaires l’été dernier et il se plante encore au moins une fois sur deux. Il vient donc de signer son arrêt de mort en me contrariant sur une plongée comme celle là. Toujours prudent, jamais totalement confiant dans le matériel, j’ai prévu le coup et j’ai celui de Stéphane sur l’autre poignet, et le tour est joué.

Je continue donc ; le conservatisme ne sera plus que de 10% et non plus 20, mais bon…

 

Je croise les 5 bouteilles paliers placées impeccablement par mes collègues entre 21 et 57m puis, après le passage bas à -60m, je vois la seconde 20L de mélange fond sagement attachée au fil un peu plus loin, à -65m, cul en l’air, juste au bord du petit puits qui emmène à la galerie de -80m. Je la clampe au passage sur un mousqueton à la bretelle droite, sans pratiquement m’arrêter, sans l’attacher en bas pour être plus manoeuvrant dans les passages en chicane et un peu étroits.

 

Arrivé dans la petite galerie à -80m, je suis vraiment dans le début de la zone profonde de la plongée. Le timing me paraît dans les clous ; c’est la 5ièmefois que j’y passe et ma vitesse de descente moyenne est bien connue. La pression partielle d’oxygène dans le recycleur est stabilisée à la valeur souhaitée, aux alentours de 1,3 bar. Ma respiration est calme, sans signe d’essoufflement.

Deux minutes après, comme prévu, j’arrive au bout de la galerie et dépose rapidement la 20L prise à -65m.

 

J’enchaîne dans le grand puits. Il est très pentu, mais pas vertical et la descente se fait en légère progression, après une espèce de petit ressaut vers 85m. C’est parfois un peu étroit et la 20L cogne de temps en temps, me faisant regretter de l’avoir attachée en bas car l’ensemble plongeur bouteille relais ainsi figé est un peu volumineux.

 

Arrivé en bas vers -110m, je me coince une sangle de palme dans le fil d’Ariane pourtant bien posé, car il m’a fallu faire une espèce de quart de tour pour me repositionner dans l’axe de la galerie et j’ai mal apprécié l’emplacement du fil. Avec mon mélange à 69 % d’hélium, je suis en équivalent narcose aux alentours de 21m. Me détacher ne pris que quelques secondes.

 

J’ai trouvé la petite galerie de -110m bien longue. Pourtant, en faisant dérouler l’enregistrement mesuré toutes les 10-12 secondes des couples profondeur-temps de mon ordinateur Vytec, que j’avais pris comme profondimètre en secours, le l’ai parcourue également en 2mn. Les relevés semblent indiquer par contre qu’elle n’est pas horizontale, car on prend quelques mètres de profondeur en plus.

 

Arrivé au bout, il reste une courte portion verticale pour toucher le fond à 119m corrigés (116m au Vytec étalonné eau de mer auquel il faut rajouter 3 %).

 

Je suis à 45mn.

 

Parfait ! Il me reste 1 ou 2mn de marge pour faire un tour dans la galerie profonde, ce que j’avais à peine osé espérer réaliser en préparant la plongée. Mais tout s’est passé comme planifié, grâce notamment aux descriptions de Xavier Méniscus, spécialiste de la cavité. Je me souviens d’ailleurs qu’en 2005, lorsque je préparais la première version en circuit ouvert et que je lui demandais des conseils sur les tables de décompression et la planification de la progression, il était allé faire lui-même ma plongée pour me ramener les bon chiffres… ! Il avait trouvé 118m le 19 novembre 2005. Impressionnant ! Ce plongeur qui, comme quelques autres plongeurs très expérimentés, utilise en redondance un second recycleur pour s’affranchir de la logistique des circuits ouverts, est vraiment hors norme.

 

Je pars donc dans la galerie profonde, doucement, guettant le temps total de décompression affiché par le VR3. Je fais 10 ou 15m comme cela et m’arrête pour observer quelques secondes la suite. Je suis un peu étonné, car je croyais que la galerie descendait tout de suite, mais apparemment ce n’est qu’un peu plus loin, à 10 ou 15m à portée de phares. J’ai l’impression que la galerie remonte un tout petit peu en s’incurvant légèrement vers la droite, puis redescendrait vers la gauche. Tout est allé assez vite, avec beaucoup de paramètres à gérer et les souvenirs commencent déjà à devenir flous.

Il me reste juste une impression fugace d’objectif atteint, puisque je suis allé exactement là où j’espérais aller, vite remplacée par le sentiment qu’il ne faut pas traîner en bas, car il reste à conduire une longue décompression.

 

Le déroulé électronique de la plongée montrera plus tard que j’ai passé 10mn en dessous de 100m et il n’y a rien d’étonnant à ce que mon VR3, durci avec 10% de conservatisme, indique 180mn de paliers.

La remontée sera, comme souvent, un peu plus lente que prévu (7,5 m/mn jusqu’au 1erpalier de 81m, réalisé en fait vers 84m à cause de l’erreur du Vytec). A la fin des 2mn réglementaires du 1erpalier profond, le Temps Total Surface (TTS) montera même à 191mn.

 

 

profil p25 

Profil de la plongée

 

La suite de la décompression se déroula ensuite sans difficulté majeure :

2mn à 66m

2mn à 54

1mn à 36

2mn à 33

2mn à 30

4mn à 27 Sylvain et Stéphane arrivent pour récupérer les bouteilles qui ne serviront plus,

5mn à 24

7mn à 21 Quelques velléités de crampes me rappellent qu’il me faut siffler la bouteille d’Isostar que j’ai attachée sur ma 20L de diluant

9mn à 18

12mn à 15

21mn à 12 et l’étroiture à repasser.

 

RDV p 26 

Stéphane au point de jonction

 

Malgré une bonne désobstruction supplémentaire de l’étroiture par Sylvain, il me faudra 7mn pour la repasser avec quelques contorsions et un bon coup de pouce des collègues.

 

On ne voit plus grand-chose dans l’eau avec tout ce remue-ménage et tous les blocs qui sont ressortis. Certains encore rangés sur les côtés. Le VR3 a considéré que j’avais quand même dé saturé pendant le passage de l’étroiture et je peux continuer ma déco:

 

 

13mn à 9

90mn à 6, + un petit rinçage au diluant pendant 4 ou 5mn.

 

Plutôt longuet le palier de 6m. J’ai tué le temps en récurant la zone de tous les morceaux de cannettes de bière en verre cassé qui jonchent le site. J’avais prévu un petit bidon mangetout spécial « Bigeard » pour cela.

 

 

 

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Stéphane remontant 3 blocs de déco

 

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Sylvain en bi 18L

 

gillesp27 

Les longs paliers

 

 

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Stéphane dans l’étroiture en IDA, un autre jour où cela passait mieux, le 24 février 2009

 

Je n’ai pas trop souffert du froid pendant les paliers, sans jamais avoir de frissons. Juste un peu frais à la fin à 6m ( T° eau 12°C) car le poste est plutôt statique. Et je me suis félicité a posteriori de m’être tant habillé, car en fait mon chauffage n’a pas fonctionné. Je ne l’ai jamais senti me cuire le dos pendant la fin de la plongée et je pensais que c’était peut-être dû aux épaisseurs de vêtements. Il n’en était rien. Un des fils électriques à l’intérieur de mon vêtement était plié depuis sans doute longtemps, puis s’est progressivement coupé et oxydé au fil des années, au raz du presse étoupe. Il a fini de céder sur cette plongée, sans que j’aie repéré ce point de faiblesse avant.

Ce qui veut dire qu’avec un chauffage qui marche, des durées supérieures sont envisageables…

 

Sortie après 4h26 de plongée, dont une trentaine de minutes perdues en tout à cause de cette fichue étroiture.

 

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Plutôt en bonne forme, avec la sensation d’être moins fatigué après qu’avant la plongée, ce qui n’est pas très orthodoxe. Sans doute l’inhalation prolongée de pressions partielles d’oxygène élevées y est pour quelque chose.

 

Pendant mon palier de 6m, Sylvain et Stéphane ont déjà chargé la remorque et les commentaires vont bon train pendant mon déséquipement et le rangement de mon recycleur.

Il est un peu plus de 20h lorsque nous partons…. sous la pluie. Merci la météo qui a attendu que la remorque soit bâchée pour commencer à tomber assez dru. Les jours suivants montrèrent d’ailleurs que c’était bien ce jour là qu’il fallait plonger !!!

 

Coup de fils pour rassurer tout le monde, la petite famille, Michel et Claude qui avaient des obligations pour rentrer plus tôt et enfin appel, à cette heure, … des gendarmes de Privas car ce sont les consignes liées au site. Le matin, on avait prévenu les gendarmes de Bourg Saint Andéol.

 

Ce fut une journée qui ne vous laisse pas indifférent, comme on dit.

Michel, Claude, Sylvain, Stéphane et…Guy, encore merci.

A charge de revanche.

 

Gilles Froment

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by plongeur - dans CR des sorties
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