CR de la sortie en plongée souterraine du 30 janvier 2017, à BSA
Participants : Gilles Froment Philippe Moya Stéphane Simonet
Toutes les images sont de Gilles Froment
Destination : Bourg St Andéol en Ardèche. Lieu : le Vallon du Tourne Site : le Goul de la Tannerie objectif : le puits à 700 m. L'homme propose, la nature dispose c'est bien connu. Devant la vasque opaque et débordante de la Tannerie, la sagesse nous obligea à immerger nos recycleurs dans l'eau trouble du Goul du Pont. Philippe, curieux et équipé d'un « simple » bi 2 x 20 litres s'aventura lui dans le réseau torturé de la Tannerie. 3 plongeurs, 2 plongées différentes mais une seule conclusion : aujourd'hui, « elles » n'ont pas voulu…….. Comme toute histoire mérite un commencement, voici en guise de prélude la plongée de Philippe, pour vous mettre dans l'ambiance : « Décidément, la météo nous joue des tours, soit il n'y a pas d'eau, soit il y en a trop..... mais bon, ne râlons pas, en ce moment, il y a beaucoup de personnes qui vivent des situations bien plus dramatiques ..... courage à eux.
Arrivés sur place, force nous est de constater que nous allons devoir revoir notre programme. Gilles et Stéphane vont tenter le Goul du Pont. J'émets une théorie toute personnelle autant qu'éronnée sur la possible clarté sous le niveau de la pompe. En fait de clarté.... vous lirez tout çà dans la partie que Stéphane va rédiger.
Je me décide de rester sur la Tannerie, je pense faire le tour des deux galeries parallèles.Et me voilà parti, enfin pas trop vite.... le courant me repousse avec force.... le passage de l'étroiture d'entrée, est perturbé par ce courant qui n'a que ce petit passage pour sortir, Je pensais retrouver un semblant de visibilité après la partie haute, juste avant le canyon, et non, juste de quoi avancer tranquillement... en suivant le fil, amoureusement, on l'aime ce fil dans la touille...
Amusant comme une ballade fort agréable dans l'eau claire, change du tout au tout avec 50/60 cm de visibilité, comme dans le brouillard, on ne découvre les obstacles qu'au tout dernier moment (n'est-ce pas Gilles ?), et la progression ne rend pas les mêmes impressions, on ne sait pas si l'on avance de 10 mètres, ou de 20..... comme quoi, ce gentil siphon école peut devenir un vrai cauchemar, mais je n'en suis pas là, pour moi, c'est çà la spéléo, j'ai pas mal plongé dans de vrais bols de chocolat, alors ma foi, tant qu'il y a de l'air dans les bouteilles, et le fil dans ma main, la vie est belle.
J'arrive au canyon, et à son étroiture.... je suis le fil, c'est là..... et bien, ai-je grossi ? çà coince, bon, marche arrière, çà coince aussi, bon, souffler, se rendre aussi plat que possible, baisser les fesses, et hop, les culs de mes deux 20 litres se dégagent.... je recommence..... pas mieux, encore coincé.... pourtant le fil passe bien là.... je me décide à pousser les galets, un coup d'avant-bras vers la droite, un autre vers la gauche, et encore et encore, et voilà..... passé....
La ballade continue, les étiquettes m'indiquent que je dois bientôt arriver à la galerie parallèle.... je fais des petits cercles en me servant de mes palmes comme repère, comme pointe du compas humain.... rien.... je recommence quelques mètres plus loin, rien... et ainsi de suite, je ne la trouve pas cette galerie de droite.... ma foi... je continue, 300m. 400m. et voilà que je me dis... bon, tant pis, loupé, de toutes les façons tu es bien trop loin, tu rentres.... et c'est en faisant mon demi-tour que je vois dans le coin un tube plastique vertical bleu..... ah ! te voilà toi... l'un des deux forages qui pompent l'eau de la source pour la ville de Bourg Saint Andéol. Je sais où ils se trouvent, je suis bien au-delà du second carrefour, j'ai bien loupé ET la première galerie, ET sa sortie... Et bien, sans visi, on n'a vraiment plus aucun repère de distance, mis à part les caractéristiques vraiment immanquables, comme un puits, ou le canyon.
Retour sans soucis, l'étroiture du canyon cette fois se passe facilement .... le retour est amusant, en arrêtant de palmer, j'avance tout seul, Oh ! pas bien vite, mais cela me rappelle mes plongées dérivantes en Atlantique.... la roche défile toute seule sous mes yeux, lentement certes, mais sûrement.... Impression de voler en apesanteur.....
Sortie .... je suis seul aux voitures, je me déshabille et attends Gilles et Steph, en rangeant mes affaires..... Une bonne sortie quand même qui rappelle combien la plongée spéléo est une plongée engagée, que rien ne doit être laissé au hasard, qu'il ne faut pas céder à la facilité.... certains siphons pouvant être très clairs à l'aller et comme aujourd'hui au retour. »
Et voilà pour Philippe et son errance dans le petit Goul. A notre tour….
Je suis aveugle.
Enfin pas tout à fait. La source me fait l'aumône d'un petit mètre de visibilité tandis que je me laisse couler le long des galets, pour retrouver la serrure d'entrée du grand Goul, 12 m plus bas. J'ai sur le ventre un recycleur, une bouteille sur chaque flanc, une 3 litres pour gonfler mon vêtement sec sur les reins, et blocs de 10 litres que je tiens pour l'instant à bout de bras et le loco plongeur au bout de sa longe. Autant dire que « l'aquacité » n'est pas au RDV.
- 6m. Il me faut une troisième main pour compenser les oreilles…. Je pose les blocs sur le fil, remets mes tympans en place, et reprends la descente sans lâcher la cablette.
- 10 m. Je ne suis pas encore sous terre, et pourtant la nuit est tombée. En plein jour. L'eau chargée de particules bloque la lumière du soleil. J'allume la Graal Marine vidéo, c'est encore pire, un halo éblouissant m'aveugle. Retour dans le noir, glisser encore de quelques mètres, allumer un lampe dite de secours…. Un faisceau digne du sabre de Luke Skywalker perce la nuit sur un petit mètre.
Ça suffira. -12 m. Blocs et propulseur à bout de bras, je glisse les pieds en avant dans cette gueule minérale qui m'avale tout entier. Un galet roule, un becquet m'arrête une seconde puis je devine plus que ne le vois que j'ai franchis l'obstacle.
La plongée sera intime. Je vérifie ma PPO2, abandonne le Bonex inutile sur le fil, avec la caméra. Vous l'aurez compris, pas d'image subaquatique pour cette fois… En attendant Gilles, encombré lui aussi d'un relais 18 litres et de l'UV 26 qu'on tient quand même à tester, je raccroche mes relais pour assurer une plongée future, plus profonde, dans l'eau claire…
4 mousquetons clampés plus loin, je devine une ombre devant moi. Gilles est passé. Dans un brouillard liquide digne du plus noir fog londonien, nous convenons de continuer. Je progresse sans rien voir ou presque, le fil dans mon champ de vision ou la main dessus. Dans mon dos je perçois le ronronnement inter mitant du loco, régulièrement interrompu par un « scklong » sonore, à chaque becquet rocheux heurté par le casque de Gilles…...Un support de lampe n'y résistera pas…. Pas simple, le pilotage sans visibilité….
Tel une taupe octogénaire, j'arrive au bords du puits, avec l'impression visuelle de sortir du sommeil…. Je pose les 2 relais 10 litres sur la corde, Gilles y associe l'UV, et nous attaquons la descente dans le puits. Sans espoir d'y trouver de l'eau claire, la théorie moyesque venant de s'effondrer…. Mais puisque nous sommes là….
La chute commence, le Goul nous absorbe… Sur la corde qui sonde vers le fond, nous ne voyons même pas les parois pourtant si proche….La pression augmente, les chiffres sur l'écran de l'ordinateur s'additionnent, 20, 30 m bientôt 40 m et toujours un univers opaque, bouché. Vers – 44 m, notre binôme stoppe, conciliabule silencieux et fin du bal ! Nous décidons d'arrêter, et notre véritable plongée d'entraînement commence, avec une RSV ( remontée sans visibilité). Gilles en profite pour tester la lunette, technique de secours en cas de panne d'afficheurs. Je remonte plus doucement en contrôlant au mieux ma PPO2, les particules défilent, dans le bon sens, vers le bas. Nous nous perdons, nous nous retrouvons en haut du puits, et nous nous retrouvons séparés de nouveau, dans un univers pourtant clos et confiné. Je réalise que l'un pourrait se noyer en silence sans que l'autre à proximité immédiate ne s'en aperçoive…
Heureusement que le matériel est fiable, du moins redondant, et que nous avons quand même un peu l'habitude des eaux troubles…. Je décide de rentrer sans lumière, puisque de toute façon il n'y a rien à voir. Je repense à cette plongée à la Fontaine St Georges, avec Philippe, mon instructeur en plongée spéléo à l'époque, en 1998. Nous avions simulé une panne de lumière, un retour dans le noir, la faute à ce cyalume qui refusa de produire la moindre clarté….
Hé bien je recommence, pour l'aisance. Seul l'écran de l'ordinateur m'aide un peu en diffusant une pâle lueur, et le HUD m'encourage régulièrement de quelques flashs….
Un petit palier plus tard, nous voilà sorti. Pas vu grand-chose, mais le matériel n'a pas failli ( ou presque), les vêtements sont étanches, les recycleurs ont fait le job. L'UV promet d'être un vrai tracteur, mais à n'utiliser qu'en eau claire….. Et de toute façon le port du casque reste obligatoire !
Epilogue : Sur le trajet du retour, je réalise que l'ordinateur que j'avais placé en secours sur l'UV 26 n'est plus là… il est échappé durant la plongée. Un message sur les réseaux sociaux le lendemain fit circuler l'information, et 2 jours après les plongeurs du SDIS 38 en exercice retrouvait l'instrument voyageur , au pied de l'échelle…. Grand merci à eux, et pour une fois, merci à Facebook !