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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 18:50
Noyé dans le bleu, le Rubis, voyageur immobile attend votre visite....

Noyé dans le bleu, le Rubis, voyageur immobile attend votre visite....

Cet article est la copie de celui paru dans le dernier n° de CASC Info, complété par de nombreuses photos glanées sur la toile....

Le Rubis

Si d’aventure, en vacances à Croix-Valmer, vos pas vous portent, par le sentier du littoral, jusqu’au sémaphore du cap Camarat, bien après le cap Lardier, vous aurez devant vos yeux, face au large, la sépulture marine d’une épave mythique, celle du sous-marin « Rubis ». Pour les plongeurs, c’est une immersion d’exception, chargée d’histoire. Mais revenons un peu en arrière….

Face à la proue.....Photo Patrice Strazzera

Face à la proue.....Photo Patrice Strazzera

L’histoire commence en septembre 1931 : le mouilleur de mines « Rubis » de la classe Saphir est lancé. Ses« sister-ships » ont pour nom le Saphir, la Turquoise, le Nautilus, le Diamant et la Perle. La mission première de ces bâtiments est le mouillage de mines : sur leurs flancs, dans une double coque, 32 engins de destructions attendent d’être larguées sur le fond : un bloc de sel les retiendra un temps avant la dissolution qui libérera la mine, retenue par un lest et une chaine, quelques mètres sous la surface. Les 220 kilos d’explosif n’avaient plus alors qu’à attendre le passage d’une coque… Le sous-marin dispose également de tubes lance torpille, à l’avant et à l’arrière, ainsi que d’un canon de 75 mm à la proue.

Le rubis à Cherbourg, peu après son lancement.

Le rubis à Cherbourg, peu après son lancement.

Avril 1940 : le second conflit mondial prend de l’ampleur. Sous la poussée nazie en Scandinavie, la Grande-Bretagne demande à la France un bâtiment mouilleur de mines pour bloquer le trafic allemand en Norvège. C’est le Rubis qui est désigné, il part donc en mission en Norvège dans le fjord d’Egersund.

le canon de 75 mm à l'avant du submersible.

le canon de 75 mm à l'avant du submersible.

En juin 1940, la France est balayée par l’armée allemande. Mais le Rubis, toujours en mission l’ignore. Il rejoint son port d’attache à Dundee, en Ecosse : les britanniques, soucieux de voir les navires français passer à l’ennemi, s’emparent de la flotte tricolore le 3 juillet 1940 : c’est l’opération « Catapult ». Pour le Rubis, le choix est simple : rallier la France occupée ou rejoindre les Forces Françaises Navales Libres. La majorité de l’équipage reste à son poste, et c’est sous l’immatriculation P15 que le Rubis s’illustrera pendant tout le conflit.

le bâtiment avec son matricule britannique P15, qu'il portera durant tout le conflit.

le bâtiment avec son matricule britannique P15, qu'il portera durant tout le conflit.

En 20 missions de combat, il mouillera 683 mines, coulera 14 navires de servitudes, 7 dragueurs, un cargo de 4000 tonnes et mettra hors de combat un U-Boot allemand… En aout 1941, pour sa 10ème mission opérationnelle, il retrouve le fjord d’Egersund afin d’y déposer ses mines.

le Rubis avec son "Jolly Roger", pavillon indiquant son palmarès...

le Rubis avec son "Jolly Roger", pavillon indiquant son palmarès...

les bandes blanches indiquent les navires de commerces coulés, les rouges les navires de guerre, le glaive signale une mission de débarquement clandestin d'un agent, les bandes barrées indiquent un torpillage et chaque mine une mission de mouillage.

les bandes blanches indiquent les navires de commerces coulés, les rouges les navires de guerre, le glaive signale une mission de débarquement clandestin d'un agent, les bandes barrées indiquent un torpillage et chaque mine une mission de mouillage.

Le lieutenant de Vaisseau Henri Rousselot repère alors un convoi allemand à portée de tir. Malgré les procédures qui imposent de ne pas tirer de torpilles si le sous-marin porte encore des mines, l’occasion est trop belle et l’officier décide d’attaquer un pétrolier de 4500 tonnes.

le lieutenant de vaisseau Rousselot et l'enseigne Hemar au périscope.

le lieutenant de vaisseau Rousselot et l'enseigne Hemar au périscope.

le poste de pilotage: on remarque la mascotte, le chien Bacchus

le poste de pilotage: on remarque la mascotte, le chien Bacchus

L’attaque commence mal, puisque que la torpille lancée depuis la poupe reste bloquée dans le tube. Le Rubis se positionne alors pour tirer 2 torpilles depuis la proue, qui atteignent toutes les deux le navire de l’Axe…. Mais le Rubis se trouve à 350 m, contre les 800 m permettant un tir en sécurité. Le choc est énorme et le navire secoué de toutes parts ! Poursuivi par les navires de lutte anti sous-marine, il doit plonger et se poser sur le fond, faisant silence pour échapper à l’ennemi.

la salle des machines....

la salle des machines....

les mêmes machines, après 58 ans sous la mer....

les mêmes machines, après 58 ans sous la mer....

la salle des torpilles.....

la salle des torpilles.....

la même aujourd'hui, photographié par Aldo Ferrucci.

la même aujourd'hui, photographié par Aldo Ferrucci.

Les heures passent… et l’équipage se rend compte que le choc a endommagé les packs de batterie : l’acide se répand dans le sous-marin, libérant des émanations de chlore. Il faut faire surface, d’urgence…. Mais posé à 40 m de fond, le Rubis refuse de quitter la gangue de vase dans laquelle il s’est enlisé. Avec obstination, le pacha multiplie les manœuvres désespérées, finissant par arracher son sous-marin du fond de la mer. Ballast vide, trop léger, le Rubis remonte trop vite et crève la surface avec un angle de 55°. Incapable de naviguer, le navire dérive en surface : l’équipage écope l’acide, dort sur le pont pendant que les mécaniciens, masque à gaz sur le visage, parviennent grâce à une réparation de fortune, à réparer un moteur diesel Vickers Amstrong, permettant une pénible navigation à 4 noeuds, contre 12 noeuds en temps normal.

un document rare:  une photo de l'équipage sur le pont après le torpillage d'Egersund.

un document rare: une photo de l'équipage sur le pont après le torpillage d'Egersund.

Incapable de plonger pour se soustraire aux navires et aux avions allemand, le Rubis doit en outre traverser un champ de mine pour rallier Dundee ! Pendant cette retraite hasardeuse, le second maitre Yves Turier tombe à la mer et disparait, malgré les recherches de ses frères d’arme.

image prise par un avion de la Royal Air Force le 23 aout 41 en mer de Norvège

image prise par un avion de la Royal Air Force le 23 aout 41 en mer de Norvège

le lendemain 24 aout, photo prise par le HMS Caraçao.

le lendemain 24 aout, photo prise par le HMS Caraçao.

L’amirauté britannique envisage de secourir l’équipage et de détruire le Rubis, tant son sauvetage semble impossible…. Et pourtant, affaibli, quasi sans défense face aux forces navales allemandes, l’équipage ramène son bâtiment en Ecosse. Remis en état, il repartira au combat pour effectuer sa dernière mission dans le fjord de Trondheim, où était concentrée une grande partie de la flotte allemande de la mer du nord.

Le temps passe, la fureur du conflit s’éloigne, et le Rubis, peu à peu dépassé, devient un bâtiment école avant d’être mis en réserve en 1948 puis déclaré bon pour la ferraille. Mais l’amiral Cabanier, conscient du passé glorieux du Rubis, qui fut inspecté par le général de Gaulle en 1941, refusa de l’envoyer à la casse. Le 31 janvier 1958, le navire fut sabordé face au cap Camarat, au milieu d’un désert sous-marin appelé la basse de St Anne.

l'amiral Cabanier.

l'amiral Cabanier.

l'équipage, au retour d'une mission.

l'équipage, au retour d'une mission.

le poste d'équipage

le poste d'équipage

la rouille a envahit les coursives, plongeant l'intérieur du sous-marin dans une ambiance étrange...

la rouille a envahit les coursives, plongeant l'intérieur du sous-marin dans une ambiance étrange...

Par 40 m de fond, le guerrier repose bien droit sur le sable, semblant presque prêt à repartir à l’aventure. Plonger sur l’épave est toujours une expérience inoubliable, car outre l’histoire prestigieuse du sous-marin, celui-ci est devenu le point de convergence de toute la faune de la méditerranée. Mérous, sars, dorades et autres poissons constituent désormais l’équipage de ce voyageur devenu immobile.

le général De Gaulle inspecte le Rubis à Dundee en 1941.

le général De Gaulle inspecte le Rubis à Dundee en 1941.

Le Rubis

Mais plutôt que de longs discours, je vous invite à une plongée sur le Rubis, en visionnant la vidéo qui illustre cet article.

Attention, la plongée sous plafond, en particulier à l’intérieur d’une épave, impose des techniques spécifiques et du matériel adapté. Ne vous aventurez pas sans préparation sérieuse au milieu des tôles….Car sous l’eau, un plafond est une prison.

Le Rubis

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Published by plongeur
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